Illustration du guide : Histoire des retraites complémentaires Agirc-Arrco depuis 1947

Histoire des retraites complémentaires Agirc-Arrco depuis 1947

Mis à jour le 16 octobre 2026.

La retraite complémentaire des salariés du privé est née de deux textes signés par les syndicats et le patronat : la convention collective du 14 mars 1947, qui crée l’Agirc pour les cadres, et l’accord du 8 décembre 1961, qui crée l’Arrco pour les non-cadres. La loi n° 72-1223 du 29 décembre 1972 (Journal officiel du 30 décembre 1972) l’a rendue obligatoire pour les salariés et anciens salariés du régime général et des assurances sociales agricoles. Les deux régimes ont fusionné le 1er janvier 2019, comme le prévoyait l’accord du 30 octobre 2015 ; le régime unique est piloté par l’accord du 5 octobre 2023, qui expire le 31 décembre 2026.

Le contexte : des régimes créés à côté de la Sécurité sociale

Les ordonnances des 5 et 19 octobre 1945 créent le régime général de la Sécurité sociale, fondé sur la répartition. Selon Info Retraite, l’existence antérieure de pensions pour les agents publics et les cadres du privé conduit à un système organisé par catégories professionnelles. Les cadres obtiennent leur régime complémentaire en 1947. Pour les non-cadres, des régimes existent déjà (l’Unirs est créée en 1957) ; l’accord du 8 décembre 1961 crée l’Arrco pour les harmoniser, les coordonner et organiser une compensation entre eux. Info Retraite résume : « il faut 30 ans pour généraliser la retraite complémentaire ».

Aujourd’hui, l’Agirc-Arrco verse environ 101 milliards d’euros par an à 14 millions de retraités, selon la fédération.

Les grandes dates, de 1947 à 2019

Sources du tableau : dates clés et textes de référence de l’Agirc-Arrco.

Date Texte Ce qui change
14 mars 1947 Convention collective nationale de retraite et de prévoyance des cadres Création de l’Agirc pour les cadres de l’industrie et du commerce.
8 décembre 1961 Accord national interprofessionnel Création de l’Arrco pour les non-cadres.
29 décembre 1972 Loi n° 72-1223 Affiliation obligatoire à un régime complémentaire des salariés et anciens salariés du régime général et des assurances sociales agricoles.
10 février 1993 Accord Arrco Taux obligatoire porté de 4 % à 6 % entre 1996 et 1999.
25 avril 1996 Accords Agirc et Arrco Arrco : régime unique au 1er janvier 1999, une seule valeur et un seul prix du point.
10 février 2001 Accord Agirc et Arrco Création de l’AGFF, qui finance le surcoût de la retraite à 60 ans.
13 novembre 2003 Accord Agirc et Arrco Dès 2004, pas de minoration avec une retraite de base à taux plein ; le prix du point suit le salaire moyen, les retraites suivent les prix hors tabac.
13 mars 2013 Accord national interprofessionnel Moindre revalorisation pendant trois ans dès le 1er avril 2013.
20 janvier 2014 Loi n° 2014-40 Frontière fixée entre l’Agirc-Arrco et l’Ircantec.
30 octobre 2015 Accord Agirc-Arrco-AGFF Mesures d’équilibre et régime unifié prévu au 1er janvier 2019.
17 novembre 2017 Accord national interprofessionnel Règles, gestion et gouvernance du régime Agirc-Arrco, qui remplace l’Agirc et l’Arrco le 1er janvier 2019.

L’accord du 30 octobre 2015, mesure par mesure

Son préambule part des « difficultés financières rencontrées par les régimes de retraite complémentaire Agirc et Arrco ». Les signataires agissent sur les pensions, les cotisations et les comportements de départ.

Mesure Avant Après Générations concernées Date d’effet
Date de revalorisation 1er avril 1er novembre Tous les retraités 2016
Revalorisation Prix hors tabac, freinée par l’accord de 2013 Prix hors tabac moins 1 point, sans baisse possible Tous les retraités 2016 à 2018
Prix d’achat du point Salaire moyen (accord de 2003) Salaire moyen majoré de 2 % Tous les cotisants 2016 à 2018
Organisation Deux régimes, Agirc et Arrco Un régime unifié par points Tous 1er janvier 2019
Taux qui donnent des points Assiettes différentes pour cadres et non-cadres 6,20 % jusqu’à 1 plafond, 17 % de 1 à 8 plafonds Tous les salariés 1er janvier 2019
Taux d’appel (le surplus ne donne pas de points) 125 % 127 % Tous les cotisants 1er janvier 2019
Partage des cotisations Non uniforme au-dessus du plafond 60 % employeur, 40 % salarié Tous les salariés 1er janvier 2019
Coefficient de solidarité Aucun Moins 10 % pendant 3 ans au plus, jusqu’à 67 ans au plus Nés à partir de 1957 Retraites prenant effet dès le 1er janvier 2019
Coefficient majorant Aucun Plus 10, 20 ou 30 % pendant un an si départ décalé de 8, 12 ou 16 trimestres Nés à partir de 1957 Retraites prenant effet dès le 1er janvier 2019

La fusion Agirc-Arrco du 1er janvier 2019

L’accord du 17 novembre 2017 institue le régime Agirc-Arrco à effet du 1er janvier 2019. Selon la fédération, la fusion crée un compte de points et une liquidation uniques pour les actifs, un paiement unique pour les nouveaux retraités et un compte de cotisations unique pour les entreprises. Le régime reprend tous les droits et obligations des anciens.

  • Avant 2019, les non-cadres cotisaient à l’Arrco dans la limite de 3 plafonds de la Sécurité sociale ; les cadres, à l’Arrco jusqu’au plafond et à l’Agirc entre 1 et 8 plafonds.
  • Depuis 2019, tous les salariés cotisent sur la tranche 1, jusqu’au plafond (48 060 euros par an en 2026), et sur la tranche 2, entre 1 et 8 plafonds.
  • Les points Arrco ont été repris à l’identique ; les points Agirc ont été convertis à droits strictement équivalents, selon la fédération.
  • La dernière valeur de service du point Arrco, fixée au 1er novembre 2018, était de 1,2588 euro : c’est la valeur du point Agirc-Arrco au 1er janvier 2019. Le point Agirc valait 0,4378 euro.

Le coefficient de solidarité, de 2019 à sa fin le 1er avril 2024

Le coefficient de solidarité, souvent appelé « malus », réduisait la retraite complémentaire de 10 % pendant trois ans, au plus jusqu’à 67 ans, quand un salarié né à partir de 1957 partait dès qu’il avait droit à sa retraite de base à taux plein. Il ne s’appliquait pas si le départ était décalé de quatre trimestres. Le taux était de 5 % en cas de CSG au taux réduit, et nul en cas d’exonération de CSG. L’accord du 10 mai 2019 a ajouté des exonérations : allocation de solidarité spécifique avant la retraite, incapacité permanente d’au moins 20 % d’origine professionnelle, invalidité de 2e ou 3e catégorie, allocation aux adultes handicapés.

L’accord du 5 octobre 2023 prend acte du report de l’âge légal par la loi n° 2023-270 du 14 avril 2023 et supprime ce coefficient en deux temps.

Génération Date d’effet de la retraite complémentaire Coefficient de solidarité
Nés avant 1957 Quelle que soit la date Jamais appliqué
Nés à partir de 1957 Du 1er janvier 2019 au 30 novembre 2023 Appliqué en cas de départ dès le taux plein, sauf exonération (10 % ou 5 %), puis supprimé sur les retraites versées à partir du 1er avril 2024
Toutes générations À partir du 1er décembre 2023 Jamais appliqué

Le même accord ferme le bonus temporaire (coefficients majorants) aux personnes nées à partir du 1er septembre 1961 dont la retraite de base prend effet à partir du 1er décembre 2023. Il reste applicable aux personnes nées avant le 1er septembre 1961 et à celles qui remplissaient les conditions du taux plein avant le 1er décembre 2023 : majoration de 10, 20 ou 30 % pendant un an pour un décalage d’au moins 8, 12 ou 16 trimestres, taux fixés par l’accord du 30 octobre 2015.

Les accords de pilotage et les valeurs du point depuis 2019

Depuis la fusion, les syndicats et le patronat fixent les orientations tous les quatre ans ; le conseil d’administration les applique chaque année.

L’accord du 10 mai 2019, pour 2019 à 2022

La valeur de service évolue chaque 1er novembre comme le salaire moyen, moins un facteur de soutenabilité réglé pour qu’elle suive au moins les prix hors tabac, tant que les prix n’augmentent pas plus vite que les salaires, sans que l’écart avec les prix dépasse 0,2 point. Elle ne peut pas baisser. La valeur d’achat suit le salaire annuel moyen. Cet accord a été modifié par avenants du 22 juillet 2021 et du 27 septembre 2022.

L’accord du 5 octobre 2023, pour 2023 à 2026

Pour 2024 à 2026, la valeur de service évolue chaque 1er novembre comme les prix hors tabac prévus par l’Insee, moins 0,4 point, sans baisse possible et sans dépasser les salaires. Le conseil d’administration peut ajuster cette évolution de 0,4 point au plus, à la hausse ou à la baisse. Les réserves doivent rester d’au moins 6 mois de prestations jusqu’en 2037. L’accord ouvre aussi des points aux retraités en cumul emploi-retraite sans condition de ressources, pour les cotisations de tranche 1 dues depuis le 1er janvier 2023.

Valeurs du point de 2019 à 2026

Année Valeur d’achat (au 1er janvier) Valeur de service fixée au 1er novembre Évolution
2019 17,0571 € 1,2714 € +1,00 % (1,2588 € au 1er janvier)
2020 17,3982 € 1,2714 € 0,00 %
2021 17,3982 € 1,2841 € +1,00 %
2022 17,4316 € 1,3498 € +5,12 %
2023 18,7669 € 1,4159 € +4,90 %
2024 19,6321 € 1,4386 € +1,60 %
2025 20,1877 € 1,4386 € 0,00 %
2026 20,1877 € 1,4587 € +1,40 %

Source : paramètres du régime Agirc-Arrco et historique des valeurs du point. En 2025, faute d’accord, la valeur de service n’a pas été revalorisée. Le 14 octobre 2026, le conseil d’administration a décidé +1,4 %, dans une fourchette de 1,2 % à 1,9 % permise par l’accord. La valeur d’achat de 2027 sera fixée lors de la négociation du prochain accord, pour 2027 à 2030.

L’Ircantec, la complémentaire des contractuels du public

Les agents contractuels de l’État, des collectivités territoriales et des hôpitaux cotisent à l’Ircantec, et non à l’Agirc-Arrco. Créé par le décret n° 70-1277 du 23 décembre 1970, ce régime est mis en place en 1971. Il fonctionne aussi par points (paramètres sur la fiche Ircantec de Service-public.fr).

Paramètre Ircantec en 2026 Valeur
Salaire de référence (prix d’achat d’un point) 5,787 € (5,735 € l’année précédente)
Valeur de service du point 0,56053 €
Taux de cotisation payés (dits taux d’appel), tranche A (jusqu’à 48 060 € par an) et tranche B 7,11 % et 19,81 %
Taux qui donnent des points (taux théoriques) 5,60 % et 15,60 %

Ce qui en reste en octobre 2026

  • Un seul régime et un seul compte de points pour tous les salariés du privé.
  • La revalorisation au 1er novembre, décidée en 2015, s’applique toujours (pour la retraite de base, voir l’historique des revalorisations).
  • Plus aucun coefficient de solidarité depuis le 1er avril 2024. Le départ sans taux plein reste possible dès 57 ans, avec une minoration définitive (voir décote et surcote).
  • Le taux plein Agirc-Arrco reste lié à celui de la retraite de base. La fédération distingue les départs avant et après le 1er septembre 2026, date des changements liés à la suspension de la réforme de 2023.
  • Les points en cumul emploi-retraite et la fin du malus sont conclus pour une durée indéterminée.
  • Le reste de l’accord du 5 octobre 2023 expire le 31 décembre 2026 : le prochain accord fixera les règles suivantes.

Pour l’ensemble du système, voir notre histoire des retraites en France.

Questions fréquentes

Le malus Agirc-Arrco existe-t-il encore en 2026 ?

Non. L’accord du 5 octobre 2023 a supprimé le coefficient de solidarité pour les retraites prenant effet à partir du 1er décembre 2023, puis pour toutes les retraites versées à partir du 1er avril 2024. La minoration définitive en cas de départ sans taux plein existe toujours.

Mes anciens points Agirc ont-ils été perdus avec la fusion de 2019 ?

Non. Les points Arrco ont été repris à l’identique. Les points Agirc ont été convertis avec une formule qui, selon la fédération, garantit une stricte équivalence des droits. Votre relevé de points Agirc-Arrco en ligne indique votre total, et la fédération propose une calculette de conversion.

Combien vaut le point Agirc-Arrco en 2026 ?

La valeur de service, qui sert à calculer la retraite, est de 1,4386 euro jusqu’au 31 octobre 2026. Le conseil d’administration a décidé le 14 octobre 2026 de la porter à 1,4587 euro au 1er novembre 2026 (+1,4 %). La valeur d’achat, qui sert à calculer les points, est de 20,1877 euros en 2026. Celle de 2027 n’est pas encore fixée.

Un contractuel de la fonction publique cotise-t-il à l’Agirc-Arrco ?

Non. Les agents contractuels de l’État, des collectivités territoriales et des hôpitaux cotisent à l’Ircantec, créée par le décret du 23 décembre 1970. La loi du 20 janvier 2014 a fixé la frontière entre les deux régimes.


Retour en haut
Parler à un conseiller retraite