Carrière longue : prouver ses trimestres de début de carrière

Mis à jour le 16 octobre 2026.

Pour partir en carrière longue, il faut 5 trimestres à la fin de l’année de vos 16, 18, 20 ou 21 ans (4 si vous êtes né en octobre, novembre ou décembre). Ces trimestres peuvent manquer : apprentissage mal payé, job d’été oublié, travail sur la ferme familiale, années à l’étranger. Selon le cas, ils se régularisent avec des preuves, se rachètent ou sont perdus : voici ce qu’il faut faire.

Ce que la caisse vérifie en début de carrière

La circulaire Cnav n° 2026-29 du 4 septembre 2026 précise comment ces trimestres se comptent. Les âges de départ qui en découlent sont dans notre guide de la retraite anticipée pour carrière longue. Trois points changent souvent tout :

  • Seul compte le total au 31 décembre. Né en janvier, vous avez presque toute l’année de vos 16 ans pour compléter.
  • Comptent les trimestres cotisés et les trimestres assimilés (service militaire, chômage, maladie), dans tous les régimes de base. Certains rachats comptent aussi, selon leur nature et leur date.
  • Au régime des non-salariés agricoles, 4 trimestres suffisent.

Il faut aussi la durée cotisée de votre génération, tous régimes confondus. Les trimestres non cotisés n’y entrent que dans certaines limites : voyez les trimestres réputés cotisés.

Emplois d’été, petits boulots et salaires trop faibles

Le salaire compte, pas la durée

Un trimestre dépend du salaire soumis à cotisations sur l’année civile, pas du temps travaillé. De 1972 à 2013, il fallait l’équivalent de 200 heures payées au Smic. Depuis 2014, il en faut 150, soit 1 803 € brut en 2026. Une année ne donne jamais plus de 4 trimestres.

Un job d’été déclaré peut donc valider un trimestre : Service Public cite un étudiant payé au Smic, 35 heures par semaine en août. Avant 2014, le seuil était plus haut. Vérifiez chaque été travaillé : un seul trimestre peut changer votre catégorie. Un travail non déclaré, lui, n’apparaît pas sur le relevé et ne se prouve pas par une simple déclaration sur l’honneur.

Une année complète à 2 ou 3 trimestres

Cela arrive notamment avec un salaire de débutant, un temps partiel ou un apprentissage. Trois vérifications :

  • Comparez le salaire du relevé avec vos bulletins de paie. Un salaire oublié se corrige sur preuves.
  • Si des salaires manquent et que vos quelques bulletins ne suffisent pas à valider le trimestre, la validation « sur présomption » est possible : trimestre entier chez un seul employeur, hors premier et dernier trimestre de l’emploi, et au moins un bulletin portant une retenue vieillesse pour chaque trimestre. Elle porte sur 8 trimestres au plus par emploi, comptés comme cotisés.
  • Le rachat d’années incomplètes demandé depuis le 13 octobre 2008 ne compte pas pour la carrière longue, sauf pour l’apprentissage (voir ci-dessous).

Apprentissage : tout dépend de la date du contrat

Contrat signé entre le 1er juillet 1972 et le 31 décembre 2013

Les cotisations étaient calculées sur un salaire forfaitaire, inférieur au salaire minimum de l’apprenti. Une année d’apprentissage peut donc valider moins de 4 trimestres. L’État a pris ces cotisations en charge dès 1979 chez les artisans et dans les entreprises de moins de 10 salariés, puis chez tous les employeurs à partir de 1989 : elles peuvent ne pas figurer sur vos bulletins, mais comptent comme cotisées.

Dans ce cas, une période absente du relevé se régularise avec toute pièce prouvant votre qualité d’apprenti : contrat, bulletins « apprenti », attestation de l’employeur, de la chambre des métiers ou de commerce. Sinon, il faut prouver le salaire cotisé, comme pour tout emploi.

Pour les années restées incomplètes, les apprentis disposent d’un rachat à tarif réduit. Au régime général, c’est aujourd’hui le seul versement pour années incomplètes qui compte pour la carrière longue, pour le début comme pour la durée cotisée. Il se décompte par périodes de 90 jours consécutifs. Le tarif réduit vaut pour 4 trimestres au plus, dans la limite générale de 12 trimestres rachetés et de 4 par année. Au-delà, le tarif est normal : demandez d’abord par écrit à votre caisse si ces trimestres compteront pour la carrière longue. La demande se fait entre 20 et 67 ans, avant la retraite. Voir notre page sur le rachat de trimestres.

Avant le 1er juillet 1972, et depuis 2014

Avant juillet 1972, l’apprenti non rémunéré, ou rémunéré trop peu pour valider toute la période, peut verser des cotisations arriérées : ces périodes comptent alors comme cotisées. Depuis 2014, un apprenti valide autant de trimestres que de trimestres d’apprentissage, mais ceux ajoutés pour compléter son salaire ne comptent pas comme cotisés pour une retraite anticipée.

Travail à la ferme et aide familial agricole

La MSA applique les mêmes bornes d’âge. Au régime des non-salariés agricoles, 4 trimestres suffisent au 31 décembre de l’année concernée. Salarié agricole, il en faut 5, ou 4 si vous êtes né au dernier trimestre.

Des enfants d’agriculteurs ont travaillé sans être affiliés : l’affiliation des aides familiaux commençait à 21 ans jusqu’au 1er janvier 1976, puis à 18 ans. Les années entre la fin de la scolarité obligatoire (16 ans pour les générations nées après 1952) et cet âge n’ont donc pas pu être validées.

Ces années peuvent être rachetées auprès de la MSA, par année civile entière, si vous aviez un lien de famille avec le chef d’exploitation ou son conjoint, si l’exploitation était affiliée à la MSA et si vous y travailliez de façon habituelle, sans être scolarisé ni avoir d’autre activité. Il faut le formulaire de la MSA et une attestation sur l’honneur contresignée par deux témoins. Le paiement peut être échelonné sur 4 ans au plus.

La MSA range ce rachat d’aide familial mineur parmi les périodes cotisées retenues pour la carrière longue. Avant de payer, demandez-lui par écrit s’il comptera aussi pour vos trimestres de début.

Travail à l’étranger

Vos périodes étrangères n’apparaissent pas sur votre relevé français : c’est normal, chaque pays gère ses données.

  • Union européenne ou pays lié à la France par une convention : les périodes attestées par l’autre pays sur le formulaire de liaison sont retenues comme des périodes françaises, pour le début comme pour la durée cotisée.
  • Hors Union européenne et sans convention : elles ne comptent pas. Un rachat « activité hors de France » est possible après au moins 5 ans d’assurance maladie française, dans les 10 ans qui suivent la fin de l’activité. Demandé depuis 2011, il ne compte pour la carrière longue qu’avec l’option « taux et durée d’assurance ».

Années manquantes : les preuves que la caisse accepte

Commencez par votre relevé de carrière : l’Assurance retraite permet d’en demander la régularisation dès 55 ans. Faites-le tôt : des cotisations arriérées ne comptent pour ouvrir le droit que si elles sont versées avant votre départ. Les pièces utiles :

  • bulletins de paie, attestation de l’employeur mentionnant le salaire, certificat de travail ;
  • pour une présomption : déclaration sur l’honneur et certificat de travail d’époque, ou établi d’après les archives qu’il cite.

Si votre employeur n’a pas versé les cotisations, c’est d’abord à lui de régulariser. S’il refuse, est décédé ou a disparu, vous pouvez le faire vous-même, en le prouvant, auprès de la caisse de votre lieu de résidence. La période doit remonter à plus de 3 ans, être régularisée en entier, et se paie en une fois.

Sans justificatif, si vous connaissez l’entreprise et prouvez vos démarches, la caisse peut proposer après un entretien une attestation sur l’honneur contresignée par deux anciens collègues, sans lien de parenté proche avec vous. Elle valide 4 trimestres au plus et suppose des revenus déclarés aux impôts à l’époque. Détails dans notre guide pour prouver une période de travail.

Racheter ou régulariser : ce qui compte pour la carrière longue

Situation Compte pour la carrière longue ? Démarche
Job d’été déclaré, absent du relevé Oui, si le salaire suffit Régularisation avec les bulletins
Cotisations arriérées versées avant le départ Oui Demande écrite à votre caisse
Rachat d’apprentissage (contrat de 1972 à 2013) Oui pour les 4 trimestres à tarif réduit, à confirmer au-delà Versement pour la retraite
Rachat d’aide familial agricole Oui pour la durée cotisée selon la MSA, à confirmer pour le début Formulaire MSA et deux témoins
Période dans l’Union européenne ou un pays avec convention Oui, telle qu’attestée Régularisation auprès de votre caisse
Rachat « activité hors de France » depuis 2011 Oui avec l’option taux et durée, non avec le taux seul Dans les 10 ans après l’activité
Rachat d’études ou d’années incomplètes depuis le 13 octobre 2008 Non Inutile pour partir plus tôt
Travail non déclaré, sans preuve Non Déclaration sur l’honneur seule insuffisante

En cas de refus malgré vos preuves, voyez notre page sur le refus d’attestation et les recours.

Trois exemples de calcul

Un job d’été retrouvé

Né en mars 1968, un assuré a 1 trimestre en 1985 et 3 en 1986, l’année de ses 18 ans : 4 au 31 décembre 1986, un de moins que nécessaire. Il retrouve les bulletins d’un job d’été de deux mois en 1984, absent du relevé, payé au moins 200 heures au Smic : un trimestre de plus. Avec 5, il peut partir à 60 ans au lieu de 61 ans et 3 mois, s’il réunit 172 trimestres cotisés.

Une apprentie des années 1980

Née en novembre 1967, une assurée n’a besoin que de 4 trimestres. Apprentie de septembre 1984 à juin 1986, elle n’en a que 2 au 31 décembre 1985, l’année de ses 18 ans. Le rachat d’apprentissage peut ajouter 1 trimestre pour l’automne 1984 (plus de 90 jours) et 1 en 1985. Avec 4, elle peut partir à 60 ans au lieu de 61 ans, si elle totalise 172 trimestres cotisés.

Un fils d’agriculteur

Né en janvier 1966, un assuré a travaillé sur la ferme familiale dès 16 ans, sans affiliation avant 18 ans. Si la MSA lui a validé 4 trimestres d’aide familial en 1984, l’année de ses 18 ans, cela suffit : départ possible à 60 ans avec 172 trimestres cotisés. Racheter 1982 et 1983 compléterait sa durée cotisée. Même si ce rachat comptait pour le début, il n’avancerait plus son départ : il a déjà 60 ans, et une retraite ne prend pas effet avant la demande.

Questions fréquentes

Mon job d’été de jeunesse n’apparaît pas sur mon relevé : est-il trop tard ?

Non. Avec un bulletin de paie ou une attestation de l’employeur, demandez la régularisation de votre carrière, possible dès 55 ans, avant de déposer votre demande de retraite.

Racheter une année incomplète peut-il me faire partir plus tôt ?

Au régime général, non, si le rachat a été demandé depuis le 13 octobre 2008, sauf pour l’apprentissage sous contrat signé entre le 1er juillet 1972 et le 31 décembre 2013. Le rachat Madelin des indépendants compte, et la MSA range le rachat d’aide familial agricole parmi les périodes cotisées.

Mon service militaire compte-t-il pour les trimestres de début ?

Oui : pour le début de carrière, les trimestres assimilés comptent comme les cotisés. Pour la durée cotisée, le service militaire compte dans la limite de 4 trimestres.

J’ai travaillé jeune dans un autre pays européen : ces années comptent-elles ?

Oui, telles que l’autre pays les atteste sur le formulaire de liaison. Demandez leur régularisation à votre caisse.

Une attestation sur l’honneur suffit-elle à prouver un emploi ?

Seule, non. Contresignée par deux témoins de l’entreprise reçus par la caisse, elle peut valider 4 trimestres au plus, dans la procédure des cotisations arriérées.

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