Prouver une période de travail absente de son relevé de carrière

Mis à jour le 16 octobre 2026.

Une période de travail absente de votre relevé de carrière peut être réintégrée si vous prouvez le salaire perçu et les cotisations retenues dessus. Les bulletins de salaire restent la meilleure preuve. Sans eux, l’Assurance retraite admet d’autres pièces et, dans des cas encadrés, une attestation sur l’honneur signée par deux anciens collègues.

Repérer précisément ce qui manque

Lisez votre relevé ligne par ligne, en gardant deux règles en tête :

  • les trimestres d’une année sont reportés au plus tard le 31 mars de l’année suivante ;
  • un trimestre se valide selon le salaire cotisé, pas selon la durée travaillée : une année entière à faible salaire peut valider moins de quatre trimestres.

Le relevé de carrière de votre espace Agirc-Arrco récapitule à la fois trimestres et points : un employeur présent côté points mais absent côté trimestres est un indice utile. Pour chaque trou, notez l’employeur, son adresse, vos dates et votre poste. Voir notre guide pour vérifier et corriger son relevé de carrière.

Les preuves acceptées et ce qu’elles valent

L’Assurance retraite régularise sur des documents qui mentionnent le salaire soumis à cotisations et la cotisation vieillesse retenue. D’autres pièces sont admises si elles contiennent ces informations.

  • Bulletins de salaire : la preuve de référence, à garder au moins jusqu’à la liquidation de la retraite.
  • Attestation de l’employeur : recevable si elle indique le salaire et la cotisation vieillesse retenue.
  • Certificat de travail : il prouve les dates et les emplois occupés, pas le salaire.
  • Contrat de travail : il complète le dossier sans prouver à lui seul les cotisations.
  • Avis d’impôt ou déclaration de revenus : exigés quand la régularisation repose sur une attestation sur l’honneur. Sans eux, la caisse peut interroger l’administration fiscale.
  • Attestation France Travail : elle prouve des périodes de chômage, qui donnent des trimestres assimilés, pas un emploi.
  • Relevés bancaires : les pages officielles consultées ne les citent pas comme justificatif ; ils peuvent appuyer votre récit, sans garantie.
  • Déclaration sur l’honneur seule : elle ne suffit pas à prouver une activité salariée.

Bulletins incomplets : la validation sur présomptions

La caisse peut valider une période « sur présomptions » quand des indices précis et concordants montrent que des cotisations ont été retenues. Ces trimestres comptent comme cotisés, dans la limite de 8 trimestres pour un même employeur, hors début et fin de l’emploi.

  • Avec des bulletins partiels : au moins un bulletin avec retenue par trimestre concerné, et tout le trimestre travaillé pour ce seul employeur.
  • Sans bulletin : le relevé doit montrer, chez cet employeur, 16 trimestres dont 8 cotisés au début de l’emploi.

Vous joignez une déclaration sur l’honneur et un certificat de travail d’époque. Un certificat établi plus tard doit citer ses sources (livres comptables, archives, fichiers du personnel). Si la période n’est validée qu’en partie, seule la commission de recours amiable peut aller plus loin.

Employeur qui n’a pas cotisé ou a disparu : les cotisations arriérées

Si l’employeur n’a jamais versé les cotisations, la période peut être régularisée par un versement de cotisations arriérées, pour les périodes situées plus de trois années civiles avant ce versement.

Qui paie et où s’adresser

Le versement revient à l’employeur : vous devez le rechercher et le lui demander. S’il refuse, est décédé ou a disparu, vous pouvez agir vous-même, en le prouvant. La demande est écrite, avec vos dates d’emploi et les coordonnées de l’entreprise, et va à la caisse de retraite de votre domicile, ou à celle qui vous a attribué votre retraite. Envoyée à l’Urssaf, elle vous est renvoyée. Le montant est calculé sur les salaires de l’époque ou, faute de preuve, sur une base forfaitaire. Retraité, lisez aussi notre guide sur la révision d’une pension.

Les pièces demandées

Les bulletins de l’époque sans cotisation vieillesse, et les certificats ou attestations mentionnant la rémunération, établis pendant la période ou dans les deux ans suivant la fin du contrat. Plus tardive, l’attestation n’est retenue que si le même employeur a cotisé juste avant et juste après ; sinon, elle vaut attestation sur l’honneur.

Les deux témoins

Un entretien peut vous être proposé si vous donnez les coordonnées de l’entreprise et justifiez de vos démarches auprès d’elle. Si votre récit est cohérent, la caisse peut proposer une attestation sur l’honneur contresignée par deux témoins ayant travaillé dans l’entreprise. Ils ne doivent pas être de votre famille jusqu’au troisième degré, prouvent leur lien avec l’entreprise par des documents d’époque et sont convoqués. Ce n’est pas possible si vous étiez seul salarié ou si vos collègues sont décédés. Cette voie valide 4 trimestres au maximum (365 jours), selon la base réglementaire de l’Assurance retraite.

Où retrouver les documents quand l’entreprise a disparu

  • L’ancien employeur : il garde un double des fiches de paie 5 ans, puis doit en garantir la disponibilité, mais rien ne l’oblige à fournir un duplicata.
  • Le liquidateur : jusqu’à la clôture de la liquidation, c’est lui qui représente la société. Le jugement de clôture met fin à sa mission.
  • Le greffe du tribunal de commerce : il délivre les extraits Kbis (sur place ou par Infogreffe, service payant) ; les jugements d’ouverture et de clôture de la liquidation sont publiés au Bodacc. Ces pièces peuvent servir à prouver la disparition de l’employeur.
  • L’AGS : elle couvre les sommes dues aux salariés lors de la rupture de leur contrat (salaires, indemnités, cotisations sociales) ; c’est le liquidateur qui la saisit.
Situation Document à chercher Où le demander
Bulletins perdus, entreprise en activité Double des bulletins ou attestation de salaire et de cotisation vieillesse L’ancien employeur
Liquidation judiciaire non clôturée Bulletins, attestation de salaire, certificat de travail Le liquidateur
Entreprise disparue Preuve de la disparition (extrait, jugement publié) Greffe du tribunal de commerce, Bodacc
Cotisations jamais versées Bulletins sans cotisation vieillesse, certificat ou attestation d’époque Votre caisse de retraite, par écrit
Quelques bulletins seulement Un bulletin avec retenue par trimestre, certificat de travail d’époque, déclaration sur l’honneur Votre caisse de retraite
Plus aucun document Attestation contresignée par deux témoins, avis d’impôt Votre caisse, après entretien
Service militaire Attestation des services accomplis Service historique de la Défense, Pau ou Toulon selon l’armée
Apprentissage avant juillet 1972 Contrat d’apprentissage, bulletins « apprenti », attestation de chambre consulaire Chambre des métiers, CCI, centre d’apprentissage
Chômage indemnisé Attestation de vos périodes indemnisées France Travail

Pour écrire à l’ancien employeur ou au liquidateur, un courrier court peut suffire : « Je vous prie de me délivrer une attestation de mes salaires et des cotisations vieillesse retenues pour mon emploi du [date] au [date], ou une copie de mes bulletins, destinée à ma caisse de retraite. » Indiquez votre numéro de sécurité sociale.

Service militaire, apprentissage et petits boulots

Service militaire ou objection de conscience

Un trimestre est retenu par période de 90 jours d’incorporation (4 au plus par année civile). Il est validé par le régime de base auquel vous avez été affilié après le service. La preuve est l’attestation des services accomplis, ou état signalétique et des services : en ligne auprès du Service historique de la Défense (Vincennes), par formulaire au centre d’archives de Pau, ou par courrier au BCRM de Toulon pour la Marine. La fiche Service-Public donne l’adresse selon votre armée. Ce document se garde à vie.

Apprentissage

Pour un contrat conclu avant le 1er juillet 1972, la régularisation de cotisations arriérées couvre toute la période d’apprentissage. Preuves admises : bulletins portant la mention « apprenti », contrat d’apprentissage, attestation de la chambre des métiers, de la CCI ou du centre d’apprentissage, certificat de travail mentionnant l’apprentissage, diplôme indiquant l’entreprise (le CAP seul ne suffit pas). Entre le 1er juillet 1972 et le 31 décembre 2013, les années incomplètes peuvent être rachetées à tarif préférentiel.

Jobs d’été et saisons

Un emploi saisonnier ou un stage rémunéré a pu valider des trimestres, puisque seul compte le salaire cotisé. S’il manque, la preuve reste le bulletin de salaire.

Travail à l’étranger

Chaque pays tient ses propres données : vos années à l’étranger n’apparaissent pas sur le relevé français. Détaché par une entreprise dont le siège est en France, vous êtes resté affilié aux régimes français. Dans l’Union européenne ou un pays lié à la France par un accord de sécurité sociale, vous pouvez demander la régularisation de ces périodes. Hors Union européenne et sans accord, elles ne comptent pas, mais un rachat de trimestres est possible.

Faire la demande en ligne, sans oublier la complémentaire

  1. Dès 55 ans : le service Corriger ma carrière d’info-retraite.fr signale l’anomalie à vos régimes, puis vous suivez son traitement en ligne.
  2. Dès 59 ans, ou à tout âge si vous cherchez un emploi : le service Compléter ma carrière, dans votre espace personnel de l’Assurance retraite, permet d’ajouter une période et ses justificatifs (fichiers lisibles de 4 Mo au plus). Une déclaration commencée est gardée 30 jours ; en cas de difficulté, l’envoi des justificatifs par courrier reste possible.
  3. Agirc-Arrco : les points d’une année apparaissent en général à la fin de l’année suivante. Si une période manque toujours, demandez la rectification à la caisse indiquée sur votre relevé.

L’Assurance retraite demande de vérifier le relevé avant d’entamer les démarches de départ. En cas de refus, la décision se conteste : voir notre guide pour contester une décision de sa caisse de retraite.

Questions fréquentes

Une attestation sur l’honneur suffit-elle à prouver une période de travail ?

Non, seule elle ne suffit pas. Pour des cotisations arriérées, la caisse peut accepter, après entretien, une attestation sur l’honneur contresignée par deux anciens collègues, pour 4 trimestres au maximum.

Mon ancien employeur doit-il me redonner mes bulletins de salaire ?

Il doit en garder un double 5 ans, puis en garantir la disponibilité 50 ans ou jusqu’à 6 ans après votre départ à la retraite. Mais aucune règle ne l’oblige à vous remettre un duplicata.

À partir de quel âge puis-je faire corriger mon relevé en ligne ?

Dès 55 ans sur info-retraite.fr, et dès 59 ans sur le site de l’Assurance retraite, sans condition d’âge pour les demandeurs d’emploi. Côté Agirc-Arrco, la rectification se demande à tout moment.

Je suis déjà retraité : une période retrouvée peut-elle encore compter ?

Pour des cotisations arriérées, oui. La demande va à la caisse qui vous a attribué votre retraite, la pension est recalculée et le nouveau montant est versé à partir du premier jour du mois qui suit l’encaissement des cotisations.

Combien de temps garder bulletins, contrats et certificats de travail ?

Au minimum jusqu’à la liquidation de votre retraite. Garder les bulletins plus longtemps peut servir en cas de maladie professionnelle survenue pendant la retraite.

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