Mis à jour le 16 octobre 2026.
Si vous avez travaillé et cotisé en étant atteint d’une incapacité permanente d’au moins 50 %, vous pouvez partir à la retraite dès 55 ans, au taux plein. Le nombre de trimestres cotisés exigé dépend de votre année de naissance et de l’âge choisi : par exemple 112 trimestres pour partir à 55 ans si vous êtes né à partir de 1973. Si votre carrière est incomplète, votre pension est majorée.
Qui peut bénéficier de la retraite anticipée pour handicap ?
Deux conditions doivent être remplies en même temps :
- avoir cotisé un nombre minimum de trimestres, tous régimes de base confondus ;
- avoir été en situation de handicap reconnue pendant toute cette durée cotisée.
Depuis le 1er septembre 2023, seule la durée cotisée est exigée.
Le handicap pris en compte
- Un taux d’incapacité permanente d’au moins 50 %, fixé par la commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CDAPH) de votre MDPH.
- Ou une situation comparable : pension d’invalidité de 2e ou 3e catégorie, allocation aux adultes handicapés (AAH), rente d’accident du travail d’au moins 50 %, par exemple.
- Ou la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH), seulement pour les périodes avant le 1er janvier 2016.
Vous pouvez combiner ces situations, et votre handicap n’a pas besoin d’être encore reconnu le jour de la demande. Voir la page de l’Assurance retraite pour les travailleurs handicapés.
Quels trimestres comptent comme cotisés ?
Seuls comptent les trimestres qui ont donné lieu à des cotisations : périodes de travail (y compris dans un pays lié à la France par les règlements européens ou un accord de sécurité sociale), assurance volontaire, cotisations arriérées régularisées, rachat des périodes d’apprentissage entre le 1er juillet 1972 et le 31 décembre 2013.
Ne comptent pas : les trimestres assimilés (chômage ou maladie indemnisés), les majorations pour enfants, l’assurance vieillesse des parents au foyer (AVPF), le service civique, ni le rachat d’années d’études demandé depuis le 13 octobre 2008. Le total est limité à 4 trimestres par an.
Une règle joue en votre faveur : si votre handicap est justifié à un moment quelconque d’une année civile, tous les trimestres cotisés de cette année sont retenus.
À quel âge partir selon vos trimestres cotisés ?
La durée cotisée exigée est égale à une durée de référence diminuée de 60 trimestres pour partir à 55 ans, puis de 70, 80, 90 et 100 trimestres pour 56, 57, 58 et 59 ans. Pour les personnes nées avant 1973, la référence reste celle d’avant la réforme de 2023 : 169 trimestres pour 1964 à 1966, 170 pour 1967 à 1969, 171 pour 1970 à 1972. Elle est de 172 trimestres à partir de 1973.
| Année de naissance | 55 ans | 56 ans | 57 ans | 58 ans | 59 ans et plus |
|---|---|---|---|---|---|
| 1964, 1965 ou 1966 | âge dépassé | âge dépassé | âge dépassé | âge dépassé | 69 |
| 1967 à 1969 | 110 | 100 | 90 | 80 | 70 |
| 1970 à 1972 | 111 | 101 | 91 | 81 | 71 |
| 1973 et après | 112 | 102 | 92 | 82 | 72 |
Ce sont des trimestres cotisés pendant le handicap, au régime général. La colonne « 59 ans et plus » vaut jusqu’à votre âge légal, de 62 ans et 9 mois (génération 1964) à 64 ans (à partir de 1969). Pour les autres départs anticipés, voir notre guide sur la retraite anticipée.
Le montant : taux plein et majoration de pension
Votre retraite de base est calculée au taux plein de 50 %, sans décote, quel que soit votre nombre de trimestres. Comme elle reste proportionnelle à votre durée d’assurance, elle est majorée.
Le coefficient de majoration vaut un tiers du rapport entre vos trimestres cotisés en situation de handicap et votre durée d’assurance totale. Exemple de la Cnav : 160 trimestres, dont 135 cotisés en étant handicapé. 135 / 160 × 1/3 donne 0,281, arrondi à 0,28 : la pension est multipliée par 1,28.
- La pension majorée ne peut pas dépasser celle d’une carrière complète.
- Elle peut être portée au minimum contributif si elle reste faible.
- Il n’y a pas de surcote, puisque vous partez avant l’âge légal.
L’Agirc-Arrco verse sa retraite complémentaire à taux plein, dès 55 ans, si votre retraite de base est accordée à taux plein au titre du handicap.
Vous êtes parti à l’âge légal alors que vous remplissiez déjà ces conditions ? La majoration peut encore vous être accordée, même une fois retraité, sur demande expresse à votre caisse.
Les justificatifs acceptés
La liste est fixée par un arrêté du 24 juillet 2015, modifié le 28 avril 2025. Elle comprend notamment :
- la carte d’invalidité (ou carte mobilité inclusion mention invalidité), ou la décision qui l’attribue ;
- la décision attribuant l’AAH ;
- la décision accordant une pension d’invalidité de 2e ou 3e catégorie ;
- la notification d’une rente d’accident du travail ou de maladie professionnelle d’au moins 50 % ;
- pour les périodes avant 2016, la décision de RQTH ou d’orientation en Esat.
Une décision de refus qui mentionne un taux d’au moins 50 % est acceptée pendant un an après sa notification. Chaque pièce doit indiquer les périodes couvertes, et l’ensemble doit couvrir toute la durée exigée.
Si des justificatifs manquent
- Écrivez au secrétariat de la CDAPH, à votre MDPH : elle fournit des duplicatas ou une attestation des périodes reconnues. Pour une pension d’invalidité ou une rente, adressez-vous à l’assurance maladie ou à la MSA.
- Vous aviez saisi la Cotorep ou la CDAPH, mais vos papiers sont perdus et la MDPH vous écrit qu’elle n’a plus votre dossier : faites une déclaration sur l’honneur et envoyez-la à votre caisse avec la lettre de la MDPH.
- Aucune demande n’avait été faite pour ces périodes : la déclaration sur l’honneur n’est pas recevable, mais vous pouvez demander l’examen de votre dossier par la commission nationale placée auprès de la Cnav.
Cette commission existe toujours. Il faut avoir la durée cotisée exigée, un taux d’incapacité d’au moins 50 % au moment de la demande, et une période sans justificatif d’au plus 30 % de la durée exigée (26 trimestres au plus sur 89, par exemple). Vous remettez à votre caisse un dossier médical sous pli fermé portant la mention « confidentiel-secret médical ». La commission rend son avis dans les deux mois et cet avis s’impose à votre caisse.
Le cas des fonctionnaires
Les règles sont proches : départ dès 55 ans, incapacité d’au moins 50 % (ou RQTH avant 2016) et durée cotisée tous régimes. La CNRACL (territoriaux et hospitaliers) publie la même grille que notre tableau.
Le Service des retraites de l’État, qui applique son propre texte, donne un exemple différent : né le 15 septembre 1968, départ à 57 ans, 92 trimestres cotisés. Faites confirmer votre seuil par votre caisse. La majoration suit le même principe d’un tiers, et les contractuels relèvent du régime général (voir la fiche Service Public sur la fonction publique).
Les pièges fréquents
- Confondre trimestres validés et cotisés. Seuls les cotisés pendant le handicap comptent.
- Laisser des trous. Une décision non renouvelée à son échéance crée une période sans justificatif.
- Compter sur une RQTH récente. Après 2015, elle ne suffit plus. Une RQTH attribuée avant 2016 peut, à votre demande, faire évaluer votre taux d’incapacité par la CDAPH.
- Confondre avec l’invalidité. Une pension d’invalidité est suspendue si vous obtenez la retraite anticipée pour handicap : comparez avant de choisir. Voir invalidité et retraite.
- Confondre avec l’inaptitude. Elle donne le taux plein, mais pas avant 62 ans. Avec 50 % d’incapacité et trop peu de trimestres cotisés, cette voie reste ouverte à 62 ans, sauf pour les fonctionnaires. Voir la retraite pour inaptitude.
- Confondre avec l’incapacité d’origine professionnelle. Après un accident du travail ou une maladie professionnelle, un autre dispositif existe : départ dès 60 ans avec un taux d’incapacité d’au moins 20 %, ou 2 ans avant l’âge légal avec un taux de 10 à 19 %, sous conditions (fiche Service Public).
- Croire que l’AAH donne des trimestres. Les périodes où vous touchiez seulement l’AAH ne comptent pas pour la retraite.
La démarche pas à pas
- Vérifiez votre relevé de carrière sur Info Retraite, rubrique « Ma carrière ». La correction peut être demandée dès 55 ans. Voir notre guide pour vérifier et corriger son relevé.
- Comptez vos trimestres cotisés pendant le handicap et comparez avec le tableau. Info Retraite propose un simulateur.
- Rassemblez vos justificatifs pour toute la période, et demandez tôt les duplicatas.
- Demandez l’attestation de départ anticipé à votre Carsat, par votre espace personnel (« Transmettre mon formulaire ») ou par courrier. Elle est délivrée au plus tôt 6 mois avant la date de départ possible. L’Assurance retraite demande de la joindre à la demande de retraite.
- Déposez votre demande de retraite 5 mois avant la date souhaitée, comme le recommande l’Assurance retraite. La retraite démarre le 1er jour d’un mois, jamais avant le dépôt de la demande. Le formulaire papier ne couvre pas les complémentaires : demandez-les aussi.
- Ne quittez pas votre emploi avant la confirmation de tous vos régimes de base et complémentaires.
- En cas de refus, la décision indique les voies de recours : voir notre guide pour contester une décision de sa caisse.
La fiche de référence est Retraite du salarié handicapé, sur Service Public.
Questions fréquentes
Une RQTH obtenue après 2015 permet-elle de partir plus tôt ?
Non, pas pour les périodes postérieures au 31 décembre 2015. Pour ces années, il faut un taux d’incapacité permanente d’au moins 50 % ou une situation comparable, comme une pension d’invalidité de 2e ou 3e catégorie.
Les trimestres de chômage ou d’arrêt maladie comptent-ils ?
Non. Seuls les trimestres qui ont donné lieu à des cotisations sont retenus. Les trimestres assimilés, comme le chômage ou la maladie indemnisés, ne comptent pas dans la durée exigée.
Ma MDPH ne retrouve pas mon ancien dossier : que faire ?
Si vous aviez saisi la Cotorep ou la CDAPH et que la MDPH vous écrit avoir perdu votre dossier, envoyez à votre caisse une déclaration sur l’honneur avec sa lettre. Sinon, la commission nationale placée auprès de la Cnav peut examiner votre dossier médical, pour 30 % au plus de la durée exigée.
Je suis déjà à la retraite : puis-je obtenir la majoration pour handicap ?
Oui, si vous remplissiez les conditions de la retraite anticipée pour handicap avant votre départ à l’âge légal. Vous devez la demander expressément à votre caisse.
Quelle différence avec la retraite pour inaptitude ?
La retraite anticipée pour handicap permet de partir dès 55 ans avec assez de trimestres cotisés pendant le handicap. La retraite pour inaptitude donne le taux plein quel que soit le nombre de trimestres, mais pas avant 62 ans.
