Mis à jour le 16 octobre 2026.
Si vous avez travaillé hors de l’Union européenne, tout dépend d’une question : ce pays a-t-il une convention de sécurité sociale avec la France ? Si oui, vos années là-bas peuvent compter pour votre retraite française et chaque pays vous verse sa part. Sinon, la France ne les compte pas, mais un rattrapage est parfois possible.
Trois questions à ne pas mélanger
- Où avez-vous cotisé ? Chaque pays où vous avez cotisé verse sa retraite, à son âge et selon ses règles.
- Où vivez-vous ? Cela change où déposer votre demande et comment vous êtes payé.
- Où payez-vous vos impôts ? C’est l’objet d’un autre texte, la convention fiscale, sur impots.gouv.fr.
Ce qu’une convention bilatérale couvre, et ce qu’elle ne couvre pas
Une convention bilatérale de sécurité sociale coordonne les législations de deux États pour garantir la continuité des droits de ceux qui y ont travaillé. La France en a une quarantaine en vigueur, listées par le Cleiss ; les accords signés avec la Chine et la Moldavie ne s’appliquent pas encore.
Chaque pays paie les périodes cotisées chez lui ; celles de l’autre pays peuvent être additionnées pour ouvrir un droit ou améliorer le calcul : c’est la totalisation.
Trois façons de calculer la part française
Le Cleiss classe les accords en trois types :
- Type 1, au choix (Israël) : calcul séparé dans chaque pays, ou totalisation-proratisation.
- Type 2, calcul séparé (Algérie, États-Unis, Turquie) : la France calcule sur vos périodes françaises ; les périodes étrangères peuvent servir à fixer le taux.
- Type 3, comparaison (Canada, Québec, Japon, Maroc, Tunisie) : la caisse fait les deux calculs et verse le plus avantageux.
Totalisation-proratisation, en clair : la caisse calcule comme si toute votre carrière était française, puis verse la part de vos périodes françaises.
Ce qu’elle ne règle pas
- L’Agirc-Arrco : selon Info Retraite, pas de points pour une période à l’étranger, sauf cotisations de votre entreprise à une caisse Agirc-Arrco.
- Plusieurs pays : calcul accord par accord, sans les additionner, sauf quelques accords (dont Canada, Maroc, Tunisie). Voir demander sa retraite dans plusieurs pays.
- Les non-salariés : les conventions avec l’Algérie, la Turquie et Israël visent les salariés. Si vous n’avez été qu’indépendant en France, seuls certains accords jouent selon l’Assurance retraite, dont États-Unis, Canada, Québec, Japon et Maroc (ses deux listes divergent pour la Tunisie) : faites confirmer par votre caisse.
- L’épargne retraite privée faite là-bas : elle se réclame à son gestionnaire.
Tableau des pays les plus fréquents
Âges lus sur les fiches du Cleiss ; ils évoluent, vérifiez-les sur sa page des âges légaux.
| Pays | Organisme | Âge de départ | Totalisation avec la France | Source |
|---|---|---|---|---|
| États-Unis | Social Security Administration (SSA) | 67 ans (nés depuis 1960) ; dès 62 ans avec réduction | Côté américain, dès 6 trimestres ; côté français, calcul séparé (type 2) | Cleiss, accord de 1987 ; fiche 2026 |
| Canada hors Québec | Service Canada (RPC, Sécurité de la vieillesse) | 65 ans ; RPC de 60 à 70 ans | Oui, comparaison (type 3) | Cleiss, accord de 2013 ; fiche 2024 |
| Québec | Retraite Québec (RRQ) | 65 ans ; de 60 à 72 ans | Oui, comparaison (type 3) | Cleiss, entente de 2003 ; fiche 2024 |
| Maroc | CNSS (secteur privé) | 60 ans et 3 240 jours d’assurance (pension à 50 %) ; depuis mai 2025, pension possible dès 1 320 jours (à confirmer auprès de la CNSS) | Oui, comparaison (type 3) | Cleiss, convention de 2007 ; fiche 2024 ; CNSS, avril 2025 |
| Algérie | Caisse nationale des retraites (CNR) | 60 ans (hommes), 55 ans (femmes) | Calcul séparé, l’autre pays si besoin (type 2) | Cleiss, convention de 1980 ; fiche 2024 |
| Tunisie | CNSS (secteur privé) | 60 ans et 120 mois de cotisations | Oui, comparaison (type 3) | Cleiss, convention de 2003 ; fiche 2025 |
| Turquie | SGK | 60 ans (hommes), 58 ans (femmes), si première cotisation après le 8 septembre 1999 | Calcul séparé, l’autre pays si besoin (type 2) | Cleiss, convention de 1972 ; fiche 2026 |
| Israël | National Insurance Institute (Bituah Leumi) | 67 ans (hommes) ; de 62 ans et 4 mois à 65 ans (femmes) | Au choix (type 1) | Cleiss, convention de 1965 ; fiche 2025 |
| Japon | Japan Pension Service | 65 ans et 10 ans d’assurance ; dès 60 ans avec réduction | Oui, comparaison côté français (type 3) | Cleiss, accord de 2005 ; fiche 2024 |
Fiches pays
États-Unis
En vigueur depuis le 1er juillet 1988. Le droit propre exige 40 trimestres américains (10 ans) ; dès 6 trimestres, la SSA ajoute vos périodes françaises et paie au prorata. La pension américaine est payable en France.
Canada et Québec
Deux textes : l’accord avec le Canada (en vigueur depuis le 1er août 2017) et l’entente avec le Québec (depuis le 1er décembre 2006). La Sécurité de la vieillesse exige 10 ans de résidence au Canada après 18 ans, et 20 ans pour être versée hors du Canada ; l’accord y fait compter vos périodes d’assurance françaises, mais le montant dépend de vos années au Canada. La pension du RPC est versée en France.
Maroc
En vigueur depuis le 1er juin 2011. Selon la loi marocaine, il faut avoir cessé toute activité salariée ; demandée dans les 6 mois qui suivent l’arrêt de travail, la pension part du mois suivant cet arrêt. Un pays où vous avez moins d’un an d’assurance ne doit rien, sauf si cette seule période ouvre un droit.
Algérie
En vigueur depuis le 1er février 1982, pour les salariés. La CNR demande 15 années de travail, dont 7 ans et demi cotisés. Les femmes ont un an de moins par enfant élevé au moins 9 ans (3 enfants au maximum).
Tunisie
En vigueur depuis le 1er avril 2007. Les agents publics relèvent d’une autre caisse, la CNRPS, à ses propres conditions. Dans le privé, de 60 à 119 mois de cotisations, la CNSS verse une pension proportionnelle ; en dessous, un versement unique. Demandez 3 mois avant l’âge : en cas de retard, vous avez 5 ans pour réclamer les sommes dues.
Turquie
En vigueur depuis le 1er août 1973, pour les salariés. Pour une première cotisation après le 8 septembre 1999, il faut 7 200 jours de cotisations, ou bien 25 ans d’assurance avec 4 500 jours (début avant le 1er octobre 2008), ou 5 400 jours avec un départ à 63 ans pour les hommes, 61 ans pour les femmes (début ensuite). L’âge montera progressivement à 65 ans à partir de 2036.
Israël
En vigueur depuis le 1er octobre 1966, pour les salariés. Vous choisissez deux pensions nationales ou deux pensions proratisées. Israël n’exporte sa pension que vers les pays liés par un accord, dont la France.
Japon
En vigueur depuis le 1er juin 2007. Si vos années japonaises n’atteignent pas 10 ans, le Japon fait appel à vos périodes françaises.
Pays sans convention : ce qui se passe et ce que vous pouvez faire
Exemple : l’Australie, absente de la liste du Cleiss.
Les périodes ne comptent pas pour la retraite française
Votre retraite française est calculée sur vos seules périodes françaises. Le pays où vous avez cotisé peut verser une retraite selon ses règles : renseignez-vous sur la durée exigée, l’âge, un remboursement de cotisations, le versement à l’étranger (certains pays ne paient pas les non-résidents).
Pendant l’expatriation : CFE et Agirc-Arrco
L’assurance volontaire de la Caisse des Français de l’étranger (CFE) fait compter ces périodes pour l’Assurance retraite, si vous avez déjà relevé de la sécurité sociale française ; conditions précises dans notre guide expatrié et CFE. Vous cotisez aussi sur place, et le passé n’est pas couvert. Pour la complémentaire, Malakoff Humanis International Agirc-Arrco accepte l’adhésion par l’employeur ou individuelle, si vous avez déjà cotisé à l’Agirc-Arrco ou cotisez à la CFE. L’adhésion individuelle est fermée si vous avez la nationalité du pays où vous êtes salarié ; passé 12 mois, elle est fixée au 1er janvier de l’année en cours, sauf majorations de retard. Voir service-public.gouv.fr.
Après coup : le rachat
L’article L742-2 du code de la sécurité sociale permet de racheter des périodes de salariat à l’étranger. Selon l’Assurance retraite, il faut avoir relevé au moins 5 ans d’un régime obligatoire français d’assurance maladie, et demander dans les 10 ans suivant la fin de votre dernière activité à l’étranger (sans délai pour un rapatrié ancien salarié d’un État autrefois sous souveraineté, protectorat ou tutelle de la France). Le prix dépend de vos revenus des 12 derniers mois à l’étranger, de l’option choisie et de votre âge. Ces années n’entrent pas dans le salaire annuel moyen. Voir rachat de trimestres.
Le Royaume-Uni depuis le Brexit
Le Royaume-Uni n’est pas un pays sans accord : les périodes jusqu’au 31 décembre 2020 restent sous les règles européennes ; depuis le 1er janvier 2021, l’accord de commerce et de coopération prévoit leur prise en compte réciproque. Voir retraite et travail dans l’Union européenne.
Faire la demande : l’ordre des démarches
- Vérifiez si une convention est en vigueur.
- Rassemblez vos numéros d’assuré et relevés étrangers. Après 55 ans, pour un pays conventionné, ajoutez vos périodes étrangères sans justificatif avec le service Corriger mon relevé de carrière. Voir vérifier son relevé de carrière.
- Déposez votre demande environ 6 mois avant l’âge légal du pays. Si vous vivez en France : à votre caisse de dernière affiliation, qui transmet aux pays conventionnés. Dans le pays conventionné : à son organisme. Dans un pays sans accord : en ligne, sur votre espace de l’Assurance retraite. Pour la retraite d’un pays sans convention où vous avez travaillé, adressez-vous directement à son organisme.
- Âges différents : vous pouvez partir dans un pays et attendre pour l’autre. Pour le Maroc et le Canada, la première retraite n’est pas réexaminée ensuite.
- À l’étranger, renvoyez chaque année le certificat de vie (application Mon certificat de vie, ou formulaire visé par une autorité locale) ; sinon, le paiement est suspendu.
Questions fréquentes
Mes années dans un pays sans convention sont-elles perdues ?
Pas forcément. Elles ne comptent pas pour la retraite française, mais ce pays peut vous verser une retraite selon ses règles. Sous conditions, vous pouvez aussi les racheter dans les dix ans suivant votre dernière activité à l’étranger.
Mes années à l’étranger manquent sur mon relevé de carrière : est-ce une erreur ?
Non : chaque pays tient ses propres données de carrière. Indiquez ces périodes dans votre demande de retraite. Après 55 ans, pour un pays conventionné, vous pouvez aussi les ajouter sans justificatif avec le service Corriger mon relevé de carrière (Info Retraite).
Ma retraite étrangère pourra-t-elle être versée en France ?
Oui pour les textes signés avec les États-Unis, le Québec, le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Turquie, Israël et le Japon, selon le Cleiss, ainsi que pour la pension canadienne du RPC. La Sécurité de la vieillesse canadienne n’est versée hors du Canada qu’après 20 ans de résidence, vos périodes d’assurance françaises comprises. La retraite française, elle, peut être versée partout dans le monde.
Mes années à l’étranger me donnent-elles des points Agirc-Arrco ?
Non, sauf si votre entreprise a versé des cotisations à une caisse Agirc-Arrco. Un expatrié peut aussi, sous conditions, cotiser volontairement à Malakoff Humanis International Agirc-Arrco.
