Mis à jour le 16 octobre 2026.
Vos années de travail dans un autre pays de l’Union européenne ne sont pas perdues. Chaque pays où vous avez cotisé vous verse sa propre retraite, à son âge et selon ses règles, mais tient compte de toute votre carrière européenne pour ouvrir le droit. En France, ces années peuvent aussi vous apporter le taux plein : la caisse fait deux calculs et vous verse le plus favorable.
Quels pays sont concernés : le règlement (CE) n° 883/2004
Le règlement (CE) n° 883/2004 coordonne les retraites entre les 27 pays de l’Union européenne. Selon le Cleiss, il s’applique aussi à l’Islande, au Liechtenstein et à la Norvège (Espace économique européen, EEE) depuis le 1er juin 2012, et à la Suisse depuis le 1er avril 2012.
Le Royaume-Uni n’applique plus ces règles depuis le 1er janvier 2021, mais vos périodes britanniques comptent toujours :
- jusqu’au 31 décembre 2020, par l’accord de retrait : les règles européennes s’appliquent, quelle que soit la date de votre départ ;
- depuis le 1er janvier 2021, par l’accord de commerce et de coopération, qui prévoit lui aussi la prise en compte des périodes de chaque pays.
Si vous travailliez déjà au Royaume-Uni au 31 décembre 2020 et y avez continué ensuite, l’accord de retrait couvre aussi vos périodes britanniques postérieures.
Si vous avez travaillé dans l’UE, en Suisse, dans l’EEE et au Royaume-Uni, la caisse française retient une seule combinaison (UE + Suisse, UE + EEE ou UE + Royaume-Uni), la plus avantageuse, précise Service Public. Si vous étiez détaché, vous avez continué à cotiser en France : rien ne change pour ces périodes.
Trois questions à ne pas mélanger
- Où avez-vous cotisé ? Cela décide quels pays vous versent une retraite.
- Où vivez-vous ? Cela compte pour savoir où déposer votre demande.
- Où payez-vous vos impôts ? Cela dépend de la convention fiscale ; les conventions évitent le plus souvent la double imposition par un crédit d’impôt (impots.gouv.fr).
La totalisation : vos années étrangères ouvrent le droit
Beaucoup de pays exigent une durée minimale de cotisation : 5 ans en Allemagne, 15 ans en Espagne et au Portugal, 20 ans en Italie, 120 mois au Luxembourg. Pour vérifier cette condition, chaque caisse additionne les périodes accomplies dans tous les pays concernés, comme si toute votre carrière s’était déroulée chez elle.
En France, l’âge légal et un seul trimestre suffisent pour ouvrir un droit. La totalisation sert donc surtout à fixer le taux de votre pension française.
Les périodes de moins d’un an
Un pays n’est pas obligé de vous payer si vous y avez cotisé moins d’un an au total et si ces seules périodes n’ouvrent aucun droit selon sa loi (article 57 du règlement). Ces mois ne sont pas perdus : les autres pays les comptent dans leur calcul théorique.
Le double calcul : la pension la plus favorable vous est versée
En règle générale, chaque pays fait deux calculs, puis les compare : c’est l’article 52 du règlement, détaillé par le Cleiss. Exception : certains pays y renoncent pour des pensions listées à l’annexe VIII, partie 1 (au Danemark, aux Pays-Bas, en Autriche, au Portugal ou en Suisse, par exemple), car leur calcul national donne toujours au moins autant.
| Étape | Pension nationale | Pension proratisée |
|---|---|---|
| Périodes retenues | Seulement celles du pays | Toutes vos périodes européennes |
| Calcul | Règles nationales habituelles | Montant théorique × périodes du pays ÷ périodes totales |
| Résultat | Le pays verse le montant le plus élevé des deux | |
Le calcul théorique est limité à la durée maximale prévue par la loi du pays : en France, le nombre de trimestres exigé pour votre génération. Et seuls vos salaires français servent à calculer votre salaire annuel moyen français.
Chaque pays vous notifie sa décision, avec les voies de recours, puis vous recevez le récapitulatif de toutes les décisions, le document P1.
Le taux plein français avec des trimestres étrangers
La retraite de base française se calcule ainsi : salaire annuel moyen × taux × trimestres français ÷ trimestres exigés. Le salaire annuel moyen porte en général sur vos 25 meilleures années, dans la limite du plafond de la Sécurité sociale (4 005 € par mois en 2026). Le taux plein est de 50 %. Si vous partez avant 67 ans sans tous vos trimestres, tous régimes confondus, il baisse de 0,625 % par trimestre manquant, dans la limite de 20 trimestres : c’est la décote.
- Dans la pension nationale, seuls vos trimestres français fixent le taux.
- Dans la pension proratisée, vos trimestres étrangers s’ajoutent aux trimestres français pour atteindre la durée exigée, ce qui réduit ou supprime la décote.
La durée exigée et l’âge légal dépendent de votre année de naissance : 170 trimestres et 62 ans et 9 mois si vous êtes né en 1964, par exemple (voir l’âge de départ par génération). Vos périodes étrangères n’apparaissent pas sur votre relevé de carrière français : c’est normal, vous les déclarez lors de votre demande.
Exemple chiffré du calcul proratisé
Exemple fictif. Marc est né en 1964 : il lui faut 170 trimestres. Il a 156 trimestres en France et 16 trimestres (4 ans) en Allemagne, soit 172. Il part à 62 ans et 9 mois, avec un salaire annuel moyen français de 30 000 €.
| Étape | Pension nationale | Pension proratisée |
|---|---|---|
| Trimestres retenus pour le taux | 156 (France seule) | 172 (France + Allemagne) |
| Taux | 14 trimestres manquants : 50 % moins 14 × 0,625 % = 41,25 % | Aucun trimestre manquant : 50 % |
| Montant de départ | 30 000 € × 41,25 % = 12 375 € | 30 000 € × 50 % × 170/170 = 15 000 € (172 trimestres ramenés au maximum de 170) |
| Part française | 12 375 € × 156/170 = 11 355,88 € | 15 000 € × 156/170 = 13 764,71 € |
La France verse le montant le plus élevé : 13 764,71 € brut par an (1 147,06 € par mois), grâce au taux plein apporté par les trimestres allemands. L’Allemagne verse sa propre part à 67 ans, son âge légal pour la génération 1964 : avec 4 ans, sous les 5 ans exigés, c’est la totalisation qui lui ouvre ce droit. Détail du calcul français : calculer sa pension de retraite.
Chaque pays vous paie à son âge
Il n’existe pas d’âge européen commun : chaque pays paie sa part quand vous atteignez l’âge prévu par sa loi, rappelle L’Europe est à vous. Vous pouvez aussi demander à différer le versement dans l’un des pays (article 50 du règlement).
| Pays | Âge de départ (règle générale) | Source (date) |
|---|---|---|
| France | 62 ans et 9 mois (nés de janvier 1963 à mars 1965) à 64 ans (nés à partir de 1969) | Service Public (27/02/2026), Cleiss |
| Allemagne | 66 ans et 4 mois (nés en 1960), puis 2 mois de plus par génération ; 67 ans à partir de 1964 | Deutsche Rentenversicherung (18/12/2025) |
| Belgique | 65 ans (nés avant 1960), 66 ans (nés de 1960 à 1963), 67 ans (nés à partir de 1964) | Service fédéral des Pensions (consulté le 16/10/2026) |
| Espagne | En 2026 : 65 ans avec 38 ans et 3 mois de cotisation, sinon 66 ans et 10 mois ; 67 ans à partir de 2027 (65 ans avec 38 ans et 6 mois) | Seguridad Social (consulté le 16/10/2026) |
| Italie | 67 ans en 2026, 67 ans et 1 mois en 2027, 67 ans et 3 mois en 2028 | INPS (12/06/2026) |
| Luxembourg | 65 ans | CNAP (16/03/2023, âge maintenu par la réforme de 2026) |
| Portugal | 66 ans et 9 mois en 2026, 66 ans et 11 mois en 2027 | Segurança Social (21/05/2026) |
| Suisse | Hommes : 65 ans. Femmes : 64 ans et 6 mois (nées en 1962), 64 ans et 9 mois (1963), 65 ans (à partir de 1964) | AVS/AI (état au 01/01/2025) |
Ce sont les âges de la retraite normale : chaque pays a aussi ses propres départs anticipés, à vérifier auprès de sa caisse.
Une seule demande pour tous les pays
Vous déposez une seule demande, au choix auprès de la caisse de votre pays de résidence ou de celle du dernier pays où vous avez travaillé. Si vous n’avez jamais travaillé dans votre pays de résidence, sa caisse transmet la demande à celle du dernier pays d’emploi. La caisse chargée du dossier la transmet ensuite aux autres pays.
Vous vivez en France ? Adressez-vous à la caisse de votre dernière affiliation (Carsat, Cnav, MSA, etc.), en ligne ou par courrier, en précisant les pays où vous avez travaillé. Vous vivez dans un autre pays européen ? L’Assurance retraite accepte la demande dans ce pays ou auprès de la caisse de votre dernier lieu de travail en France. Voir aussi notre guide pour demander sa retraite dans plusieurs pays.
- Listez vos périodes à l’étranger, avec les pays et les dates.
- Rassemblez vos relevés de carrière étrangers et vos justificatifs.
- Déposez votre demande environ 6 mois avant la date voulue : l’instruction entre plusieurs pays peut être longue.
- Vérifiez chaque décision et le récapitulatif P1 ; en cas d’erreur, respectez le délai de recours indiqué.
Retraites complémentaires : Agirc-Arrco et régimes étrangers
L’Agirc-Arrco fonctionne par points. Le règlement prévoit que les régimes français en points ne font pas de calcul au prorata : vos points sont payés selon les règles françaises (annexe VIII, publiée par le Cleiss).
Vos périodes d’expatrié ne donnent pas de points, sauf cotisation volontaire, par votre employeur ou à titre individuel. Détaché, vous avez gardé votre complémentaire comme en France, rappelle l’Agirc-Arrco. Si vous vivez dans l’EEE, votre demande déposée sur place parvient à l’Agirc-Arrco par le régime de base français ; vous recevez ensuite un dossier à compléter.
Les retraites complémentaires d’entreprise à l’étranger suivent leurs propres règles. Selon L’Europe est à vous, votre départ dans un autre pays de l’UE ne peut pas être pénalisé, mais une durée minimale d’affiliation valable pour tous peut s’appliquer. Vue d’ensemble : la retraite après une carrière à l’étranger.
Questions fréquentes
Mes années à l’étranger figurent-elles sur mon relevé de carrière français ?
Non, c’est normal : chaque pays gère ses propres données. Indiquez vos périodes étrangères dans votre demande de retraite.
Dois-je faire une demande de retraite dans chaque pays ?
Non. Une seule demande suffit, déposée dans votre pays de résidence ou dans le dernier pays où vous avez travaillé. Elle est transmise aux autres pays.
Puis-je toucher ma retraite française avant celle de l’autre pays ?
Oui. Chaque pays verse sa part à l’âge prévu par sa loi : la retraite française peut arriver d’abord, la part étrangère ensuite.
Mes années au Royaume-Uni comptent-elles encore ?
Oui : jusqu’au 31 décembre 2020 par l’accord de retrait, qui maintient les règles européennes, et depuis le 1er janvier 2021 par l’accord de commerce et de coopération. Si vous y travailliez déjà fin 2020 et y avez continué, l’accord de retrait couvre aussi la suite.
Où vais-je payer l’impôt sur mes pensions étrangères ?
Cela dépend de la convention fiscale entre la France et le pays qui paie. Résident en France, vous déclarez vos pensions étrangères imposables en France sur l’annexe 2047, puis vous les reportez sur la déclaration 2042. Une pension exonérée en France mais retenue pour le calcul du taux effectif ne va pas sur la 2047 : elle se déclare seulement sur la 2042-C. Pour votre cas, voyez impots.gouv.fr.
