Mis à jour le 16 octobre 2026.
Si vous avez travaillé en France et au moins un an au Luxembourg, vous aurez deux retraites : une pension de la CNAP (en principe à 65 ans, parfois dès 57 ou 60 ans) et une retraite française, aux âges français. Chaque caisse tient compte de toute votre carrière pour ouvrir vos droits mais ne paie que sa part ; une seule demande déposée en France lance en général les deux dossiers. Si vous n’avez jamais travaillé en France, vous n’aurez que la pension de la CNAP ; avec moins d’un an au Luxembourg, la CNAP ne verse rien et ces mois sont pris en compte par la France.
Trois questions à ne pas mélanger
- Où vous avez cotisé décide quelles caisses vous paient. Le frontalier relève en principe de la sécurité sociale du pays où il travaille.
- Où vous vivez décide où vous déposez votre demande.
- Où vous payez l’impôt dépend de la convention fiscale franco-luxembourgeoise.
| Point | Luxembourg (CNAP) | France (régime général) |
|---|---|---|
| Âge de la pension | 65 ans | De 62 ans et 9 mois (nés de 1963 au 31 mars 1965) à 64 ans (nés à partir de 1969) |
| Départ plus tôt | 57 ans (480 mois d’assurance obligatoire) ou 60 ans (480 mois, plus 1 à 8 mois selon l’année) | Carrière longue notamment, sous conditions |
Sources : CNAP et Service Public, pages consultées le 16 octobre 2026 ; détail dans notre page sur l’âge de départ par génération.
La CNAP et la pension de vieillesse à 65 ans
La Caisse nationale d’assurance pension (CNAP) verse les pensions du régime général luxembourgeois (salariés et indépendants du secteur privé).
La pension de vieillesse commence le jour de vos 65 ans si vous avez un stage de 120 mois (10 ans) d’assurance obligatoire, continuée, facultative ou d’achat rétroactif. Vos périodes françaises s’ajoutent pour atteindre ces 120 mois (totalisation européenne). Avec moins d’un an d’assurance au Luxembourg, la CNAP ne verse rien, mais ces mois sont repris par le pays qui vous paie une retraite.
Non-résident, vous avez les mêmes droits qu’un résident, et travailler une fois la pension versée ne change pas son montant brut.
La pension anticipée, dès 57 ou 60 ans
| Âge | Durée exigée | Périodes retenues |
|---|---|---|
| 57 ans | 480 mois (40 ans) | Assurance obligatoire uniquement |
| 60 ans | 480 mois, plus un allongement progressif | Toutes, y compris les périodes complémentaires (études), dont au moins 120 mois hors complémentaires |
À 60 ans, la CNAP exige des mois en plus, d’assurance obligatoire ou volontaire, selon l’année où vous réunissez 60 ans et 480 mois : 1 mois depuis le 1er juillet 2026, 2 en 2027, 4 en 2028, 6 en 2029, 8 à partir de 2030. Pas d’allongement avec 40 années d’assurance obligatoire, ni après une préretraite des salariés postés ou de nuit ou une préretraite-ajustement. Les périodes françaises comptent aussi : demandez à la CNAP comment elle les classe, surtout pour le départ à 57 ans.
Avant 65 ans, un revenu d’activité sous le tiers du salaire social minimum (923,77 euros par mois au 1er juin 2026) ne réduit pas la pension anticipée. Au-delà, elle peut être réduite, voire retirée, selon la moyenne de vos cinq meilleurs revenus annuels cotisables.
Le calcul de la pension CNAP en grandes lignes
La formule, la même à 65 ans et en anticipé, additionne :
- Les majorations forfaitaires, liées à la durée : un pourcentage d’un montant de référence, acquis par quarantième par année accomplie ou commencée (40 au plus).
- Les majorations proportionnelles, liées aux revenus : la somme de vos revenus cotisables revalorisés, multipliée par un taux de 1,763 % pour une pension débutant en 2026, relevé selon votre âge et vos années d’assurance obligatoire (2,05 % au plus).
S’y ajoute une allocation de fin d’année (au plus 1 040,64 euros en 2026 pour 40 années). Une pension minimum existe à partir de 20 années d’assurance : 2 436,04 euros par mois au 1er juin 2026 pour 40 années, moins un quarantième par année manquante. En carrière mixte, seule la CNAP peut dire si elle vous concerne. Voir les bases de calcul de la CNAP.
Carrière mixte : une pension proratisée de chaque côté
Vos cotisations ne sont jamais transférées. Chaque régime de base (la CNAP, l’Assurance retraite) fait deux calculs et verse le plus élevé : la pension nationale, sur ses seules périodes, ou la pension proratisée (un montant théorique calculé comme si toute votre carrière s’était déroulée chez lui, réduit à la part de ses périodes). L’Agirc-Arrco, régime par points, paie vos points selon ses propres règles, sans ce calcul. Côté français, la totalisation sert surtout au taux, comme l’explique le Cleiss.
| Exemple : née en 1964, 18 ans en France, 25 ans au Luxembourg | France | Luxembourg |
|---|---|---|
| Ouverture du droit | 72 + 100 = 172 trimestres pour 170 exigés : taux plein possible dès 62 ans et 9 mois | Stage rempli : pension à 65 ans, ou anticipée si les conditions sont réunies |
| Montant | Revenu annuel moyen français x 50 % x 72/170 | Pension théorique sur 43 ans, réduite à 25/43 |
Les deux pensions ne démarrent donc pas en même temps : prévoyez vos revenus entre les deux.
Faire la demande : où, quand, avec quels documents
- Où : rien n’est automatique. Si vous vivez en France et y avez travaillé, adressez-vous à votre caisse française (salarié : la caisse régionale de l’Assurance retraite) : elle transmet à la CNAP, et l’Agirc-Arrco vous envoie ensuite son propre dossier. Si vous avez travaillé en dernier lieu au Luxembourg, vous pouvez aussi écrire à la CNAP. Si vous n’avez jamais travaillé en France, déposez la demande à la CNAP (déposée en France, elle lui serait transmise). Le formulaire de la CNAP se renvoie par courrier.
- Quand : au moins six mois avant la date visée dans chaque pays, selon Guichet.lu (5 mois selon l’Assurance retraite).
- Avec quoi : pièce d’identité, coordonnées bancaires, matricule luxembourgeois à 13 chiffres, relevés de carrière des deux pays, diplômes ou certificats pour les études.
Le baby year (années d’éducation d’un enfant) n’est pas automatique. Il vise le parent qui s’est consacré à l’éducation de l’enfant et exige 12 mois d’assurance obligatoire dans les 36 mois avant la naissance ou l’adoption (mois dans l’Union européenne compris). Les deux parents le demandent ensemble, dès les 4 ans de l’enfant et au plus tard avec la pension : pièces d’identité des parents, acte de naissance et, hors du Luxembourg, certificat de résidence.
L’instruction prend de quelques semaines à plusieurs mois. Chaque pays décide, puis un récapitulatif (formulaire P1) vous est envoyé. Contre une décision de la CNAP, l’opposition écrite se forme dans les 40 jours de la notification. Côté français, voir comment contester une décision de caisse de retraite.
Entre 56 et 64 ans, la CNAP peut estimer votre pension (MyGuichet.lu ou courrier), périodes étrangères et d’études comprises, mais peut n’accepter qu’une demande par personne : réunissez d’abord vos justificatifs. Pour la France, suivez notre guide du dossier de retraite.
Fiscalité : où votre pension est imposée
Règles générales de la convention fiscale du 20 mars 2018 (appliquée depuis le 1er janvier 2020) pour un résident de France :
| Pension | Pays qui impose |
|---|---|
| Pension CNAP (sécurité sociale) | Le Luxembourg seul (article 17, paragraphe 2), par retenue de la CNAP |
| Retraites françaises | La France |
| Pension privée d’un régime d’entreprise luxembourgeois | En principe la France, pays de résidence (article 17, paragraphe 1) |
La pension CNAP se déclare aussi en France. Un crédit d’impôt égal à l’impôt français évite la double imposition, mais elle compte pour le taux de vos autres revenus. Détail dans la doctrine fiscale officielle ; pour votre cas, interrogez votre service des impôts depuis impots.gouv.fr.
Les pièges fréquents
Des périodes invisibles ou non déclarées
- Votre relevé français n’affiche pas vos années à l’étranger, qui ne sont pas oubliées pour autant : contrôlez la partie française (vérifier son relevé de carrière) et la partie luxembourgeoise.
- La CNAP n’envoie son relevé annuel qu’aux personnes assurées l’année précédente ; dès 56 ans (120 mois d’assurance), son estimation ne couvre que vos périodes luxembourgeoises.
- Les périodes complémentaires (jusqu’à 9 années d’études après 18 ans, par exemple) n’y figurent pas : elles sont fixées lors de la demande, si aucun autre régime ne couvre la période. Les études se prouvent par diplômes ou certificats, jamais par déclaration ou témoins.
- Un mois non déclaré par un employeur manque à vos droits : gardez contrats et fiches de paie (voir comment prouver une période de travail).
Les années partielles
- Au Luxembourg, un mois compte dès 64 heures de travail salarié ou 10 jours civils d’activité indépendante ; les fractions sont reportées.
- En France, 4 trimestres par an au plus, un trimestre pour 150 heures de Smic de salaire (1 803 euros en 2026).
Télétravail et remboursement de cotisations
- Avec au moins 25 % de télétravail en France, vous relevez en principe de la sécurité sociale française, sauf maintien au Luxembourg demandé par l’employeur (accord-cadre, moins de 50 %, attestation A1). La règle fiscale est autre : vérifiez où vous avez cotisé.
- Le remboursement des cotisations luxembourgeoises, prévu à 65 ans quand le stage n’est pas rempli, fait perdre tout droit à pension : vérifiez d’abord la totalisation.
Questions fréquentes
J’ai travaillé 20 ans au Luxembourg : à quel âge toucherai-je ma pension luxembourgeoise ?
En principe à 65 ans, ou dès 57 ou 60 ans en pension anticipée, avec au moins 480 mois d’assurance, périodes françaises comprises. Votre retraite française suit les âges français.
Mes années au Luxembourg comptent-elles pour mon taux plein en France ?
Oui : la caisse française les additionne à vos trimestres pour fixer le taux, mais calcule le montant sur vos seuls salaires et trimestres français.
Où dois-je déposer ma demande ?
Si vous avez aussi travaillé en France, auprès de votre caisse de retraite française, qui transmet à la CNAP, ou directement à la CNAP si votre dernier emploi était au Luxembourg. Si vous n’avez jamais travaillé en France, à la CNAP, par courrier.
Ma pension luxembourgeoise est-elle imposée en France ?
Elle est imposable au Luxembourg. Déclarée aussi en France, elle y ouvre droit à un crédit d’impôt égal à l’impôt français, mais compte pour le taux de vos autres revenus.
J’ai travaillé moins d’un an au Luxembourg : ces mois sont-ils perdus ?
Non. La CNAP ne verse rien pour moins d’un an d’assurance, mais ces mois sont pris en compte par le ou les pays qui vous versent une retraite.
