Illustration du guide : Histoire des retraites en France : de 1910 à 2026

Histoire des retraites en France : de 1910 à 2026

Mis à jour le 16 octobre 2026.

En France, la retraite obligatoire des salariés naît avec la loi du 5 avril 1910 sur les retraites ouvrières et paysannes ; le régime général actuel est créé par les ordonnances d’octobre 1945. Depuis, l’âge et la durée exigés ont souvent changé : taux plein à 60 ans en 1982, allongement de la durée à partir de 1993, âge légal porté à 62 ans en 2010 puis à 64 ans en 2023, hausse suspendue pour les retraites qui débutent depuis le 1er septembre 2026. Voici ces étapes, texte par texte, et ce qu’il en reste en octobre 2026.

La frise chronologique, de 1910 à 2026

Année Texte Ce qui change
1910 Loi du 5 avril 1910 sur les retraites ouvrières et paysannes Premier régime obligatoire des salariés modestes, par capitalisation. Retraite à 65 ans, puis 60 ans en 1912.
1928 et 1930 Lois du 5 avril 1928 et du 30 avril 1930 sur les assurances sociales Assurance vieillesse obligatoire des salariés sous un plafond, par capitalisation. Droits ouverts à 60 ans.
1941 Loi du 14 mars 1941 Passage à la répartition. Allocation aux vieux travailleurs salariés.
1945 Ordonnances du 4 et du 19 octobre 1945 Sécurité sociale et régime général. Après 30 ans d’assurance : 40 % du salaire à 65 ans, 20 % dès 60 ans.
1947 Convention collective nationale du 14 mars 1947 Création de l’AGIRC, complémentaire des cadres.
1948 et 1952 Loi n° 48-101 du 17 janvier 1948, puis régime agricole en 1952 Retraite des artisans, commerçants et professions libérales, puis des exploitants agricoles.
1961 Accord interprofessionnel du 8 décembre 1961 Création de l’ARRCO, complémentaire des salariés.
1971 Loi n° 71-1132 du 31 décembre 1971 (loi Boulin) 37,5 ans d’assurance au lieu de 30, taux de 50 % au lieu de 40 %, dix meilleures années.
1973 Loi n° 72-554 du 3 juillet 1972 ; généralisation des complémentaires Artisans et commerçants alignés sur le régime général. Tous les salariés affiliés à une complémentaire.
1982 Ordonnance n° 82-270 du 26 mars 1982 Taux plein dès 60 ans avec 150 trimestres, à partir du 1er avril 1983.
1993 Loi du 22 juillet 1993 160 trimestres au lieu de 150, 25 meilleures années au lieu de 10, revalorisation sur les prix.
2003 Loi n° 2003-775 du 21 août 2003 (réforme Fillon) Fonctionnaires alignés sur la durée du privé, décote et surcote, carrière longue.
2010 Loi n° 2010-1330 du 9 novembre 2010 (réforme Woerth) Âge légal de 60 à 62 ans, taux plein automatique de 65 à 67 ans.
2014 Loi du 20 janvier 2014 (réforme Touraine) 172 trimestres pour les générations 1973 et suivantes.
2019 Accord national interprofessionnel du 30 octobre 2015 Fusion de l’Agirc et de l’Arrco.
2020 Projets de loi instituant un système universel de retraite Régime unique par points, examen suspendu en mars 2020, abandonné en 2021.
2023 Loi n° 2023-270 du 14 avril 2023 Âge légal de 62 à 64 ans, 172 trimestres dès la génération 1965.
2025 et 2026 Loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025, article 105 Hausse suspendue depuis le 1er septembre 2026 : 64 ans pour les personnes nées à partir de 1969.
2026 Projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2027, n° 3211 Déposé le 1er octobre 2026, non voté au 16 octobre 2026.

Avant 1945 : des premières caisses aux assurances sociales

Jusqu’au début du XXe siècle, les retraites sont réservées à certains métiers : marins de l’État depuis 1673, agents de l’État avec la loi du 22 août 1790, fonctionnaires civils avec la loi du 9 juin 1853 (pension à 60 ans après trente ans de services), mineurs en 1894, cheminots en 1909 (repères du Conseil d’orientation des retraites). Ils sont à l’origine des régimes spéciaux.

1910 : les retraites ouvrières et paysannes

La loi du 5 avril 1910 crée le premier régime national obligatoire, pour les salariés dont le revenu annuel est inférieur à 3 000 francs. Il est financé par les assurés, les employeurs et l’État, par capitalisation. L’âge normal de la retraite est de 65 ans. En 1911, un arrêt de la Cour de cassation retire de fait leur caractère obligatoire aux cotisations des salariés ; en 1912, l’âge est abaissé à 60 ans. En 1923, 21 % des assurés obligatoires inscrits cotisent.

1928 et 1930 : les assurances sociales

Les lois du 5 avril 1928 et du 30 avril 1930 créent une assurance obligatoire maladie, maternité, invalidité, vieillesse et décès pour les salariés sous un plafond de rémunération (12 000 francs en 1930 pour un célibataire). La retraite, par capitalisation, s’ouvre à 60 ans. Le dispositif entre en vigueur en juillet 1930 ; les premières pensions sont versées en 1935. Pour les ingénieurs, techniciens et agents de maîtrise, de fait exclus, un premier accord de retraite et de prévoyance est signé le 14 mai 1937.

La loi du 14 mars 1941 remplace la capitalisation par la répartition et crée l’allocation aux vieux travailleurs salariés, pour les anciens salariés de 65 ans et plus aux faibles ressources.

1945 à 1973 : Sécurité sociale, complémentaires et non-salariés

Les ordonnances de 1945

L’ordonnance du 4 octobre 1945 institue la Sécurité sociale, financée par les cotisations des employeurs et des salariés. Celle du 19 octobre 1945 crée le régime général d’assurance vieillesse, par répartition. Avec 30 ans d’assurance, la pension vaut 40 % du salaire moyen des dix dernières années à 65 ans, et 20 % si elle est prise dès 60 ans. Une pension de réversion est créée pour le conjoint survivant sans ressources. Le décret du 8 juin 1946 maintient les régimes spéciaux.

AGIRC en 1947, ARRCO en 1961

La convention collective nationale du 14 mars 1947 crée l’AGIRC, complémentaire des cadres ; l’accord interprofessionnel du 8 décembre 1961 crée l’ARRCO. À partir de 1973, tous les salariés relevant du régime général ou agricole sont affiliés à l’ARRCO, et les cadres aussi à l’AGIRC. Les deux régimes fusionnent en 2019 (histoire de l’Agirc-Arrco).

Les non-salariés

La loi n° 48-101 du 17 janvier 1948 institue une allocation de vieillesse des non-salariés, à l’origine des régimes des artisans, des commerçants et industriels et des professions libérales. L’assurance vieillesse des exploitants agricoles est créée en 1952. La loi n° 72-554 du 3 juillet 1972 aligne artisans et commerçants sur le régime général pour l’activité à partir du 1er janvier 1973. Voir la retraite des indépendants.

1971 : la loi Boulin

La loi n° 71-1132 du 31 décembre 1971 retient 37 ans et demi d’assurance, au lieu de 30, pour une pension à 65 ans au taux de 50 % au lieu de 40 %, calculée sur les dix meilleures années. Elle monte en charge de 1972 à 1974 et s’applique pleinement aux pensions prenant effet à partir de 1975.

1982 : le taux plein dès 60 ans

Jusqu’alors, l’âge normal de la retraite du régime général est de 65 ans. L’ordonnance n° 82-270 du 26 mars 1982 ouvre le taux plein dès 60 ans à ceux qui réunissent 150 trimestres tous régimes de base confondus, à partir du 1er avril 1983 (chronologie de vie-publique.fr). Une loi du 31 mai 1983 crée le minimum contributif ; une loi du 6 janvier 1986 abaisse progressivement de 65 à 60 ans l’âge des exploitants agricoles, atteint au 1er janvier 1990. Le Livre blanc du 24 avril 1991 préconise de passer de 150 à 168 trimestres.

Les valeurs génération par génération sont dans notre page sur l’âge légal et la durée de cotisation.

1993

La loi du 22 juillet 1993 porte la durée de 150 à 160 trimestres, un trimestre de plus par génération à partir des personnes nées en 1934 : 160 trimestres sont exigés de tous au 1er janvier 2003. Le salaire de référence passe progressivement des 10 aux 25 meilleures années, et les pensions sont revalorisées selon les prix. Le Fonds de solidarité vieillesse est créé. Voir la réforme de 1993. Le volet retraites (fonctionnaires et régimes spéciaux) du plan de réforme de la Sécurité sociale présenté le 15 novembre 1995 est retiré ; le Conseil d’orientation des retraites est créé en 2000.

2003

La loi n° 2003-775 du 21 août 2003 aligne progressivement la durée des fonctionnaires sur celle du privé, puis l’allonge d’un trimestre par an de 2009 à 2012. Le régime général réduisait déjà la pension des départs avant 65 ans sans la durée requise ; la loi met en place le système actuel de décote et de surcote. Elle ouvre un départ anticipé pour carrière longue (décret publié le 31 octobre 2003) et crée le PERP, le PERCO et le droit à l’information sur sa retraite. Voir la réforme de 2003. En 2008, les régimes spéciaux de la SNCF, de la RATP et des industries électriques et gazières sont réformés.

2010

La loi n° 2010-1330 du 9 novembre 2010 porte l’âge légal de 60 à 62 ans pour les personnes nées à partir de 1956, avec une hausse de quatre mois par génération pour celles nées avant, et l’âge du taux plein sans condition de durée de 65 à 67 ans. Le Conseil constitutionnel valide ces mesures le même jour. La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2012 avance l’échéance à 2017. Voir la réforme de 2010.

2014

La loi du 20 janvier 2014 relève la durée d’un trimestre tous les trois ans de 2020 à 2035, jusqu’à 172 trimestres (43 ans) pour les générations 1973 et suivantes. Elle crée le compte personnel de prévention de la pénibilité. Voir la réforme de 2014.

2017 à 2021 : le projet de système universel

Jean-Paul Delevoye est nommé haut-commissaire à la réforme des retraites le 14 septembre 2017 et remet son rapport le 18 juillet 2019. Le 24 janvier 2020, deux projets de loi, organique et ordinaire, proposent un régime unique par points pour tous les assurés. Le 29 février 2020, le Premier ministre engage la responsabilité du Gouvernement (article 49.3) ; après le rejet de deux motions de censure, le projet de loi ordinaire est considéré comme adopté en première lecture par l’Assemblée nationale. L’examen est suspendu en mars 2020 à cause de la crise sanitaire ; l’abandon du régime par points est annoncé le 9 novembre 2021. Voir le système universel de retraite.

2023 : le report à 64 ans, puis la suspension de 2026

La loi du 14 avril 2023

Présenté le 23 janvier 2023, le projet de loi de financement rectificative de la Sécurité sociale pour 2023 fait l’objet d’un recours à l’article 49.3 le 16 mars ; il est adopté définitivement le 20 mars, après le rejet de deux motions de censure. Le 14 avril, le Conseil constitutionnel valide l’essentiel du texte et censure notamment l’index et le contrat de travail seniors. La loi n° 2023-270 relève l’âge légal de trois mois par génération à partir des personnes nées le 1er septembre 1961, jusqu’à 64 ans, et exige 172 trimestres dès la génération 1965. Le taux plein reste automatique à 67 ans. Les principaux régimes spéciaux sont fermés aux recrutés à partir du 1er septembre 2023. Voir la réforme de 2023.

La suspension de 2026

L’article 105 de la loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 de financement de la Sécurité sociale pour 2026 décale ce calendrier pour les retraites prenant effet depuis le 1er septembre 2026 (Assurance retraite) :

Date de naissance Âge légal Trimestres pour le taux plein
Du 1er janvier 1963 au 31 mars 1965 62 ans et 9 mois 170
Du 1er avril au 31 décembre 1965 63 ans 171
1966 63 ans et 3 mois 172
1967 63 ans et 6 mois 172
1968 63 ans et 9 mois 172
1969 et après 64 ans 172

La loi ne fixe pas de date de fin : elle inscrit un âge par génération ; Service Public parle d’une suspension jusqu’en 2028. La même loi a aussi modifié la carrière longue, le calcul de la retraite de certains parents et le cumul emploi-retraite à partir de 2027. Détails dans notre page âge de départ par génération, par exemple pour les personnes nées en 1965.

Ce qui reste en octobre 2026, et ce qui est en discussion

Règle Textes successifs Salariés du privé, au 16 octobre 2026
Âge légal 60 ans (1945, taux plein possible à cet âge depuis 1982), 62 (2010), 64 (2023) 62 ans et 9 mois à 64 ans selon la génération, pour les personnes nées à partir de 1963
Durée d’assurance de référence 150 trimestres (1971 : durée retenue pour une pension complète à 65 ans ; 1982 : condition du taux plein dès 60 ans), 160 (1993), 172 (2014) 170 à 172 trimestres pour le taux plein selon la génération, pour les personnes nées à partir de 1963
Taux plein 40 % (1945), 50 % (1971) 50 %
Taux plein sans condition de durée 65 ans (avant 2010), 67 ans (2010) 67 ans
Salaire de référence 10 dernières années (1945), 10 meilleures (1971), 25 meilleures (1993) 25 meilleures années ; 24 ou 23 pour certains parents, appliqué courant 2027
Revalorisation Sur les prix (1993) Au 1er janvier selon l’inflation ; dérogation 2027 proposée
Régimes spéciaux Maintenus (1946), réformés (2008) Principaux régimes fermés aux recrutés depuis le 1er septembre 2023
Complémentaire du privé AGIRC (1947), ARRCO (1961) Régime unique Agirc-Arrco depuis 2019

Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027, n° 3211, est déposé le 1er octobre 2026 ; sa discussion en séance publique est prévue le 20 octobre 2026 (dossier de l’Assemblée nationale). Son volet retraites compte deux articles :

  • article 34 : la majoration de pension pour enfants, proportionnelle à la pension, deviendrait un montant forfaitaire, pour les retraites prenant effet à partir du 1er juillet 2027 ;
  • article 35 : en 2027, les retraites de base seraient revalorisées selon le total mensuel des retraites de l’assuré, complètement jusqu’à 1 260 euros ; au-delà, la hausse serait réduite ou nulle selon des décrets, sans baisse possible.

Rien n’est voté au 16 octobre 2026. Pour les revalorisations passées, voir l’historique des revalorisations.

Questions fréquentes

Depuis quand la retraite existe-t-elle en France ?

Des régimes réservés à certains métiers existent depuis le XVIIe siècle (marins de l’État en 1673). Le premier régime obligatoire pour les salariés modestes date de la loi du 5 avril 1910. Le régime général actuel est créé par les ordonnances d’octobre 1945.

Quand la retraite à 60 ans a-t-elle été instaurée ?

De 1945 à 1971, un départ à 60 ans donnait 20 % du salaire de référence (25 % à partir de 1975, après la loi Boulin), sauf en cas d’inaptitude au travail, qui ouvrait le taux plein dès 60 ans. L’ordonnance du 26 mars 1982 a ouvert le taux plein dès 60 ans avec 150 trimestres, à partir du 1er avril 1983. La loi du 9 novembre 2010 a porté l’âge légal à 62 ans.

Quelles sont les grandes réformes depuis 1993 ?

Les lois de 1993, 2003, 2010, 2014 et 2023, puis la suspension inscrite dans la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026. Le système universel par points, présenté en 2020, a été abandonné en 2021.

La réforme de 2023 est-elle annulée ?

Non. Depuis le 1er septembre 2026, sa montée en charge est ralentie : pour les personnes nées à partir de 1963, l’âge légal va de 62 ans et 9 mois à 64 ans selon la génération, et 64 ans vise les personnes nées à partir de 1969. Les retraites déjà en cours ne sont pas recalculées.

Que prévoit le budget de la Sécurité sociale pour 2027 ?

Le projet n° 3211, déposé le 1er octobre 2026, propose une majoration forfaitaire pour enfants à partir du 1er juillet 2027 et une revalorisation 2027 complète jusqu’à 1 260 euros de retraites par mois. Au 16 octobre 2026, rien n’est voté.


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