Mis à jour le 16 octobre 2026.
Quand le défunt a été marié plusieurs fois, sa pension de réversion ne va pas en entier au dernier conjoint : elle est partagée entre le conjoint survivant et les ex-conjoints, au prorata de la durée de chaque mariage. Chaque caisse a ses règles, et chacun doit faire sa propre demande.
Le principe : la durée de chaque mariage fixe la part
Au régime général, la réversion vaut 54 % de la retraite de base du défunt. L’époux divorcé est assimilé à un époux survivant, même s’il vit de nouveau en couple, et chaque part suit la durée du mariage (fiche Service-public).
- Chaque durée se compte de date à date, arrondie au mois inférieur ; deux mariages avec la même personne s’additionnent.
- Chaque part est ensuite comparée aux ressources de son bénéficiaire. En 2026, la réversion est réduite si, avec vos ressources, elle dépasse 25 001,60 € par an (personne seule) ou 40 002,56 € (couple).
- La majoration forfaitaire pour enfant à charge n’est pas réduite par le partage.
Les parts sont fixées au calcul des droits du premier demandeur, puis versées à chacun quand il remplit les conditions, dont l’âge de 55 ans (voir notre guide pension de réversion).
Exemple 1 : un ex-conjoint et un conjoint survivant
Exemple fictif. Paul décède le 20 janvier 2026 avec une retraite de base de 1 400 € brut par mois. Sa réversion (54 %, soit 756 €) est partagée entre Martine, son ex-épouse, et Sylvie, sa veuve.
| Bénéficiaire | Mariage | Durée retenue | Calcul | Part par mois |
|---|---|---|---|---|
| Martine | 15/06/1985 au divorce du 10/09/1999 | 170 mois | 756 € × 170 / 431 | 298,19 € |
| Sylvie | 03/04/2004 au décès | 261 mois | 756 € × 261 / 431 | 457,81 € |
Le premier mariage a duré 14 ans, 2 mois et 26 jours : les 26 jours ne comptent pas. Si Martine avait 53 ans au décès, sa part serait versée au plus tôt le 1er jour du mois qui suit ses 55 ans, sur demande ; Sylvie ne toucherait pas davantage en attendant.
Exemple 2 : un conjoint survivant et deux ex-conjoints
Exemple fictif. Jean décède le 5 février 2026 avec 1 600 € brut par mois au régime général et 500 € à l’Agirc-Arrco (sans minoration ni majoration pour enfants). Il laisse deux ex-épouses, Anne et Brigitte (remariée en 2010), et une veuve, Claire.
| Bénéficiaire | Durée du mariage | Régime général (54 % : 864 €) | Agirc-Arrco (60 % : 300 €) |
|---|---|---|---|
| Anne | 12/05/1978 au 30/11/1986 : 102 mois | 864 € × 102 / 461 = 191,17 € | 300 € × 102 / 309 = 99,03 € |
| Brigitte (remariée) | 07/07/1990 au 25/03/2003 : 152 mois | 864 € × 152 / 461 = 284,88 € | 0 € |
| Claire (veuve) | 18/10/2008 au 05/02/2026 : 207 mois | 864 € × 207 / 461 = 387,96 € | 300 € × 207 / 309 = 200,97 € |
Parts arrondies au centime (total au régime général : 864,01 €). Au régime général, Brigitte garde sa part malgré son remariage : les ressources de son nouveau couple sont comparées au plafond. À l’Agirc-Arrco, son remariage l’écarte : seuls comptent les mariages d’Anne et de Claire (309 mois, calcul simplifié en mois).
Agirc-Arrco : des règles propres
Selon la page réversion de l’Agirc-Arrco, il faut avoir été marié (ni Pacs ni concubinage), sans condition de ressources. Le remariage empêche la réversion ou la supprime définitivement, même s’il est suivi d’un divorce ou d’un veuvage. Âge minimum : 55 ans pour un décès depuis le 1er janvier 2019, sans condition d’âge avec 2 enfants à charge au décès ou en cas d’invalidité. Montant : 60 % des points du défunt multipliés par la valeur du point.
- Conjoint et ex-conjoints : partage au prorata des mariages, avec les seuls ex-conjoints vivants et jamais remariés. Exception : le conjoint marié avant le 13 janvier 1998 a la pension entière si le mariage précédent a été dissous avant le 1er juillet 1980.
- Un seul ex-conjoint, sans conjoint survivant : durée du mariage rapportée à la durée d’assurance du défunt aux régimes de base, en trimestres, plafonnée à 170 trimestres pour un effet depuis le 1er octobre 2025 (169 entre le 1er décembre 2023 et le 30 septembre 2025). Mariage plus long : toute la réversion.
- Plusieurs ex-conjoints, sans conjoint : même calcul pour chacun ; si les mariages dépassent ensemble la durée d’assurance, partage au prorata des mariages.
Exemple fictif : un ex-conjoint seul, marié 15 ans (60 trimestres), un défunt à 172 trimestres. Pour un effet en 2026, on retient 170 : la part vaut 60 / 170, environ 35,3 % de la réversion. Demandez-la dans les 12 mois : au-delà, le rappel est limité à un an.
Fonctionnaires : SRE et CNRACL
Pour un fonctionnaire de l’État ou un militaire, le Service des retraites de l’État verse 50 % de la pension, sans condition d’âge ni de ressources. Il faut avoir été marié et remplir une condition, par exemple : un enfant issu du mariage, 4 ans de mariage ou un mariage conclu 2 ans au moins avant la retraite. Le partage se fait au prorata des mariages, comptés de date à date et arrondis au mois inférieur. Exemple du SRE : pension de 12 600 € par an, donc réversion de 6 300 € (50 %), et mariages de 105 et 87 mois (192 en tout) : 3 445,31 € (105 / 192) et 2 854,69 € (87 / 192) par an.
Pour un fonctionnaire territorial ou hospitalier, la CNRACL demande 4 ans de mariage, ou un enfant issu de l’union, ou 2 ans de services valables entre le mariage et la radiation des cadres. Selon sa documentation juridique, le partage entre veuf ou veuve et ex-conjoints se fait aussi au prorata des mariages (autres règles avec des orphelins).
Un ex-conjoint remarié avant le décès n’y a droit que si cette union a pris fin, sous conditions. Un remariage, un Pacs ou un concubinage après le décès fait perdre le droit, qui peut être rétabli sur demande si l’union prend fin.
Quand un bénéficiaire décède ou perd son droit
Au régime général, au décès d’un bénéficiaire, sa part augmente celle des autres, à partir du 1er jour du mois qui suit le décès. Ce recalcul n’est pas automatique : signalez le décès à votre caisse, avec l’acte de décès si possible (Assurance retraite). Dans l’exemple 2, si Anne décède, Brigitte et Claire se partagent les 864 € sur 359 mois : 365,82 € et 498,18 €.
La répartition ne change que si le nombre de bénéficiaires change (décès, ex-conjoint inconnu qui se fait connaître). Un remariage ne supprime pas la part : la caisse revoit la réversion avec les ressources du nouveau ménage, tant qu’elle est révisable, soit jusqu’à 3 mois après le départ de toutes vos retraites personnelles (ou, sans retraite, jusqu’à l’âge légal de la retraite). Ensuite, plus aucun changement de ressources ni de situation familiale ne compte.
Au SRE, la part d’un bénéficiaire décédé ne peut aller qu’aux enfants de moins de 21 ans ou infirmes : elle n’augmente pas celle d’un autre conjoint. À la CNRACL, selon sa documentation juridique, le partage peut évoluer après un décès ou un changement de situation matrimoniale. À l’Agirc-Arrco, les pages consultées ne détaillent pas ce recalcul : signalez l’événement par écrit. Voyez aussi décès et retraite : les démarches.
Votre propre demande, avec des dates exactes
La réversion n’est pas automatique : même si le conjoint survivant touche déjà sa part, chaque ex-conjoint doit faire sa demande.
- En ligne, une seule demande sur info-retraite.fr vaut pour tous les régimes du défunt. Par courrier, le formulaire unique couvre plusieurs régimes de base, listés en page 1 ; l’Agirc-Arrco et les régimes absents de cette liste, comme celui des fonctionnaires de l’État, se demandent à part.
- Au régime général, une demande faite dans l’année qui suit le décès permet un départ le 1er jour du mois qui suit le décès ; sinon, au plus tôt le 1er jour du mois qui suit la demande (le jour même pour une demande déposée un 1er du mois). Sans réponse pendant plus de 4 mois, elle est réputée refusée.
- Pièces : acte de naissance du défunt avec ses mentions marginales, pièce d’identité, deux derniers avis d’imposition ; si vous vivez de nouveau en couple, livret de famille, jugement de séparation ou attestation de Pacs. Le formulaire demande aussi la date de votre divorce.
Avec plusieurs bénéficiaires, la caisse demande un extrait d’acte à la mairie de chaque mariage ; si seule l’année est connue, elle retient le 31 décembre. Gardez acte de mariage et décision de divorce : quelques jours d’erreur peuvent coûter un mois (voir divorce et retraite). Si un ex-conjoint inconnu se manifeste plus tard, la réversion est repartagée au 1er jour du mois qui suit sa demande, et le trop-versé est récupéré (voir trop-perçu de retraite).
En cas de désaccord : les recours
Vérifiez sur la notification les durées retenues, la liste des bénéficiaires et la date de départ. En cas d’erreur, écrivez d’abord à la caisse, actes à l’appui, de préférence en recommandé, sans laisser passer le délai de recours, qui court dès la notification.
- Régime général : saisissez la commission de recours amiable (CRA) dans les 2 mois qui suivent la notification, puis le tribunal judiciaire si besoin (recours à l’Assurance retraite). Le médiateur peut être saisi après une réclamation écrite, au plus tard 6 mois après elle, et au plus tard 2 mois après la notification de droits (comme celle d’une réversion) ou la décision de la CRA que vous contestez.
- Agirc-Arrco : son médiateur intervient si votre réclamation n’a pas abouti ou reste sans réponse 2 mois.
- Fonctionnaires : écrivez au SRE ou à la CNRACL et gardez une copie.
Voir notre guide pour contester une décision de sa caisse de retraite.
Questions fréquentes
Le dernier conjoint touche-t-il toute la réversion ?
Non, si le défunt a été marié plusieurs fois : elle est partagée avec les ex-conjoints qui y ont droit, selon la durée de chaque mariage. Exception à l’Agirc-Arrco : le conjoint marié avant le 13 janvier 1998 touche toute la réversion si le mariage précédent du défunt a été dissous avant le 1er juillet 1980.
Mon ex-conjoint s’est remarié : garde-t-il une part ?
Au régime général, oui, mais les ressources de son nouveau couple comptent, à l’attribution puis tant que la réversion reste révisable (jusqu’à 3 mois après le départ de toutes ses retraites, ou l’âge légal s’il n’en a pas). À l’Agirc-Arrco, non. Chez les fonctionnaires, seulement si cette union a pris fin, sous conditions.
Si un autre bénéficiaire décède, ma part augmente-t-elle ?
Au régime général, oui, dès le 1er jour du mois qui suit le décès, s’il est signalé à la caisse. Pour un fonctionnaire de l’État, non : cette part ne peut aller qu’aux enfants de moins de 21 ans ou infirmes.
Le conjoint survivant a déjà fait sa demande : dois-je faire la mienne ?
Oui. La réversion n’est pas automatique : chaque bénéficiaire la demande, en ligne sur info-retraite.fr (une demande pour tous les régimes) ou par courrier, avec une demande à part pour l’Agirc-Arrco.
Comment est comptée la durée de mon mariage ?
Au régime général et chez les fonctionnaires, de date à date, arrondie au mois inférieur. Au régime général, si seule l’année est connue, la caisse retient le 31 décembre.

